Rojava : 2 textes sur un débat toujours en cours.

Rojava : 2 textes sur un débat toujours en cours.

 

Voici deux textes traduits de l’anglais sur la situation au Rojava, le Kurdistan autonome syrien, et sur l’attitude que les anarchistes devraient avoir envers le mouvement populaire (pas uniquement kurde d’ailleurs) dans cette région.

Ces deux textes sont symptomatiques du débat parfois agité qui traverse le mouvement anarchiste sur la question de la révolution en cours au Rojava, et plus globalement sur les luttes de libération nationale.

Ils sont révélateurs des méfiances, des réticences, des distances récurrentes (et parfois des renoncements honteux) ou, au contraire, des rapprochements, des solidarités, des espoirs non moins récurrents (et parfois des vaines illusions) que ce type de lutte en général et cette révolution en particulier peut susciter dans nos milieux.

Nous laissons aux lecteurs et lectrices le soin de se faire leur propre opinion comme nous nous sommes faits la nôtre… pour orienter notre action.

Ces deux textes ont été traduits à la mi-novembre 2014 par un membre du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

Ces traductions sont librement diffusables.

 

Rojava : Une perspective anarcho-syndicaliste.

 

Une perspective anarcho-syndicaliste sur la situation politique au Rojava par un membre de la Workers’ Solidarity Alliance, un groupe anarcho-syndicaliste des USA. Publié sur le site anarchiste anglais « Libcom » le 3 novembre 2014 sous le titre « Rojava : an anarcho-syndicalist perspective » et visible ici en anglais : http://libcom.org/blog/rojava-anarcho-syndicalist-perspective-18102014

 

« Le principal problème de la lutte de libération nationale pour la forme d’organisation anarcho-syndicaliste anti-étatique est qu’elle est de manière inhérente étatique. Défendant une forme d’État plus locale, le mouvement de libération nationale s’incline devant l’idée que l’État est une institution désirable – pas seulement dans sa forme courante. En tant que tel il a l’imperfection fondamentale, s’il rencontre le succès, de générer un nouvel État – qui peut être ou pas « pire » que l’oppresseur actuel, mais qui sera néanmoins une mécanisme oppressif ».

Solidarity Federation

« Les anarchistes refusent de participer aux fronts de libération nationale ; ils participent à des fronts de classe qui peuvent être ou pas impliqués dans des luttes de libération nationale. La lutte doit se répandre pour établir des structures sociales, politiques et économiques dans les territoires libérés, basées sur des organisations libertaires et fédéralistes ».

Alfredo Maria Bonanno

Au moment où nous publions nous parviennent des informations selon lesquelles l’État Islamique (EIIL) a été presque complètement repoussé en dehors de la ville de Kobanê, le quartier général du Parti de l’Union Démocratique (PYD en kurde), le parti syrien affilié à l’Union des Communautés du Kurdistan (KCK en kurde), leur co-président Saleh Muslim appelant ces développements la libération de Kobanê.[1] Heureusement car de tels progrès dans la région favorisent le fait que les anarcho-syndicalistes et les partisans de la révolution sociale de toutes tendances puissent commencer à discuter objectivement la situation au Kurdistan Occidental sans le réflexe émotionnel envers une population assiégée, faisant face à un désastre humanitaire.

Les anarcho-syndicalistes ne devraient pas avoir d’illusions à propos de la Révolution du Rojava. Depuis le tournant du millénaire il y a eu des informations sur un tournant municipaliste libertaire dans la lutte de libération nationale kurde inspiré par Murray Bookchin. Ce changement politique a été mené par le fondateur emprisonné et le leader idéologique du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK en kurde), Abdullah Öcalan, qui découvrit Bookchin alors qu’il était en prison. Le PKK, une ancienne organisation maoïste/stalinienne, s’est tourné vers le nationalisme ethnique après la chute de l’Union Soviétique et le discrédit du « socialisme réellement existant » et ainsi un tel tournant a été favorablement accueilli par beaucoup au sein de la gauche révolutionnaire. Cependant de tels processus de transformation politique ne se traduisent pas automatiquement pas une pleine adhésion au sein d’une population quelque soit sa représentation officielle dans des partis dirigeants.

Après le début du soulèvement de masse syrien, et de la guerre civile qui en résulta, un vide du pouvoir fut créé où les forces d’Assad, chef tyrannique de l’État en Syrie, laissèrent le Kurdistan Occidental, connu sous le nom de Rojava, aux kurdes. Au début l’Armée Syrienne Libre (ASL), une force d’opposition soi-disant modérée liée à l’impérialisme occidental, attaqua les forces kurdes mais fut bientôt repoussée. Dans cette situation ouverte, le PYD et ses milices armées des Unités de Défense du Peuple (YPG en kurde) et des Unités de Défense des Femmes (YPJ) décida de mettre en œuvre sur le terrain son programme, depuis déjà longtemps mûri, d’autonomie démocratique et de confédéralisme démocratique.

Comme rapporté par le Forum Anarchiste Kurde (KAF en anglais), un groupe d’anarchistes kurdes pacifistes en exil, alors que le Printemps Arabe saisissait la Syrie, il y avait le développement d’un mouvement basiste de démocratie directe, créé par les travailleurs et le peuple au Rojava et appelé le Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem en kurde). Ce fut ce mouvement qui poussa pour la mise en œuvre de « ses plans et programmes sans autres délais avant que la situation ne devienne pire ». [2] Ce programme fut très étendu et il vaut mieux citer longuement le témoignage du KAF :

« Le programme du Tev-Dem était très fédérateur, et couvrait tous les sujets de société. Beaucoup de gens du peuple, venus de différents milieux – kurde, arabe, musulman, chrétien, assyrien et yézidi – s’y sont impliqués. Son premier travail a été de mettre sur pieds toute une série de groupes, de comités et de communes partout dans les rues, les quartiers, les villages, les cantons, les petites et les grandes villes.

Leur rôle a été de s’occuper de toutes les questions sociales : les problèmes des femmes, l’économie, l’environnement, l’éducation, la santé, l’entraide, les centres pour les familles des martyrs, le commerce et les affaires, les relations diplomatiques avec les pays étrangers et bien d’autres choses. Des groupes ont même été établis pour arbitrer les contentieux entre différentes personnes ou faction afin d’éviter que ces disputes n’aillent en cour à moins que ces groupes soient incapables de les résoudre.

Généralement, ces groupes se réunissent chaque semaine pour parler des problèmes auxquels les gens doivent faire face là où ils vivent. Ils ont leur propre représentant dans le conseil du village ou de la ville, nommé « maison du peuple ». […]

Ils croyaient que la révolution doit se faire depuis la base de la société et pas de haut en bas. Ce doit être une révolution aussi bien sociale, culturelle et éducative que politique. Elle doit être contre l’Etat, le pouvoir et l’autorité. Ce sont les gens dans les communautés qui doivent avoir les responsabilités décisionnelles finales. Ce sont les quatre principes du Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem) ».

À d’autres époques et endroits de tels mouvements d’assemblées démocratiques et de comités à la base de la société, ouverts au peuple, ont été connu collectivement sous le nom de Conseils Ouvriers. Si ces développements sont vrais, le Tev-Dem en était presque l’accomplissement.

Toutefois, de telles informations incluaient des comptes-rendus sur la création d’une assemblée constituante en tant que corps parlementaire législatif appelée Administration d’Auto-gouvernement démocratique. Comme New Compass, un collectif d’édition bookchiniste l’a rapporté :

« Tandis que dans de nombreuses zones la population kurde a déjà des décennies d’expérience avec les concepts de libération des femmes et de liberté sociale du mouvement kurde, ici aussi il y a bien sûr également des divergences. Certains souhaitent s’organiser dans des partis classiques plutôt que dans des conseils.

Le problème a été résolu au Rojava à travers une structure duale. D’un coté un parlement est choisi, pour lequel des élections libres sous supervision internationale doivent avoir lieu aussitôt que possible. Ce parlement forme une structure parallèle aux conseils ; il forme un gouvernement de transition dans lequel tous les partis politiques et les groupes sociaux sont représentés, tandis que le système des conseils forme une sorte de parlement parallèle. La structuration et les règles de cette collaboration sont pour le moment en discussion ». [3]

Ceci, parmi d’autres questions, met à nu la réalité de la situation politique au Rojava. Il n’est pas clair si l’établissement d’un tel appareil démocratique est une poussée de la part de certains éléments ou si c’est une partie et une parcelle du confédéralisme démocratique kurde. Avec les anarchistes le monde entier est en train de regarder vers ces développements comme une sorte de lueur libertaire dans la région. La question de l’État et de la forme de gouvernance qui est en train d’être établie doit continuer à être observée étroitement. Historiquement le programme socialiste libertaire a été pour le développement d’authentiques conseils de travailleurs et de comités comme ceux originellement mis en place par le Tev-Dem, et il y a eu d’amères combats contre l’établissement de projets d’États démocratiques parlementaires, avec des votes libres, où la participation est atomisée et le pouvoir réellement détenu par des pouvoirs exécutifs placés au dessus du peuple.

S’il y a un grand espoir pour des ouvertures libertaires dans la région, c’est l’existence des mouvements des femmes. La société kurde, comme la société mondiale dans son ensemble, a été une société profondément patriarcale au point qu’Öcalan, selon son propre aveu en 1992, est probablement un violeur, ce qui est particulièrement inquiétant concernant le culte de la personnalité développé autour de lui. [4] Bien que toujours attachées à ses enseignements, les femmes kurdes, du fait de leur propre expérience au cours des dernières décennies, ont commencé à s’organiser elles-mêmes de manière autonome. Des groupes comme le Mouvement des Femmes Libres (KJB en kurde) et l’Étoile des Unités des Femmes Libres (YJA Star en kurde) appellent à une solidarité mondiale entre les mouvements des femmes contre l’État-nation patriarcal. Comme Dilar Dirik, une activiste proche des YJA Star, le décrit dans son discours sur la formation d’un « État sans État » dans une vidéo qui a largement circulé, le mouvement des femmes kurdes, à travers son expérience du patriarcat dans le mouvement de libération nationale kurde et dans la société kurde en général, en est arrivé à la conclusion que former un nouvel État national ne devait plus faire partie du projet de libération kurde, car l’État national est de manière inhérente une institution patriarcale. Cependant, bien que de nombreux anarchistes soient d’accords avec cette analyse et sont sûrement en train d’hocher la tête, Dirik dit clairement que le mouvement n’est pas en ce moment en faveur de l’abolition générale de l’ État, mais en faveur d’organiser une autonomie démocratique malgré l’État. Comme anarcho-syndicalistes c’est notre devoir et non une critique de souligner que l’État syrien, aussi bien que le reste des États-nations qui encerclent le Rojava et qui existent dans le reste du Kurdistan, ne vont pas simplement disparaître avec le développement de leur projet pour une autonomie démocratique régionale. L’État doit être activement combattu et écrasé par les masses au sein de chaque nation et c’est la mission historique pour toutes les forces de libération révolutionnaires internationalistes.

En conclusion, le développement de la démocratie représentative sociale-démocrate, le passé nationaliste ethnique et patriarcal du PKK (Saleh Muslim, le leader du PYD, a laissé entendre qu’une guerre était nécessaire pour expulser les arabes de la zone [5]), la collaboration du PYD dans un trêve avec l’ASL et les islamistes [6], le service militaire depuis juillet [7], les différents éléments cherchant le soutien des USA et de la communauté internationale sont des raisons suffisantes pour être hésitant-e-s à mettre trop d’emphase sur la direction officielle. Les lueurs d’espoir là où elles existent sont dans la résistance et l’auto-activité des masses et des mouvements de femmes. Les processus sociaux de transformation sont compliqués et souvent les conflits et les dynamiques internes y règnent. Le programme politique mis en avant pourrait bien être décentralisateur avec de fortes potentialités vers la sociale-démocratie plutôt qu’anti-étatique et social révolutionnaire. Il y a également encore beaucoup de recherches qui doivent être faites sur l’économie et l’organisation industrielle et agraire. Cela n’empêche pas les anarchistes de défendre l’auto-défense des masses et de leurs propres organisations de lutte au Rojava contre l’État Islamique, les États locaux et l’impérialisme occidental mais nous devons faire attention de ne pas sauter en applaudissant la représentation officielle du mouvement kurde au travers de ses partis traditionnellement étatiques comme le PKK et le PYD.

Vive la lutte des masses travailleuses et des femmes libres.

Avec les opprimé-e-s contre les oppresseurs-euses, toujours !

K.B.

 

Sources:

[1] Les frappes aériennes ont été très très réussies. Très bientôt nous annoncerons au monde la libération de Kobanê ». Saleh Muslim. http://www.demokrathaber.net/dunya/salih-muslim-kobanideki-son-durumu-anlatti-h39595.html

[2] L’expérience du Kurdistan Occidental (Kurdistan syrien) a prouvé que le peuple peut changer les choses. En anglais : http://www.anarkismo.net/article/27301 et une traduction française ici : http://rojavasolidarite.noblogs.org/ (en date du 03/11/2014).

[3] Autonomie Démocratique au Kurdistan : http://new-compass.net/articles/revolution-rojava

[4] Dans un livre écrit par Öcalan en 1992 et intitulé « Cozumleme, Talimat ve Perspektifler » (Analyses, Ordres et Perspectives), il déclarait : « Ces filles mentionnées. Je ne sais pas. J’ai des relations avec des centaines d’entre elles. Je m’en fout de comment les gens le comprennent. Si j’ai été proche de certaines d’entre elles, comment cela aurait-il dû être ? (…) Sur ces sujets, elles laissent de coté toutes mesures réelles et trouvent quelqu’un et elles bavardent disant « on a essayé de me faire ceci ici » ou « cela m’a été fait là » ! Ces femmes sans honte veulent à la fois donner trop et ensuite développer de telles choses. Certaines des personnes mentionnées. Bonté divine ! Elles disent « nous en avons si besoin, cela serait très bon » et ensuite ce commérage est développé (…) Je le dis de nouveau ouvertement. C’est la sorte de guerrier que je suis. J’aime beaucoup les filles. Je les apprécie beaucoup. Je les aime toutes. J’essaie de transformer chaque fille en une amante, à un niveau incroyable, au point de la passion. J’essaie de les former depuis leur physique jusqu’à leur âme, jusqu’à leurs pensées. Je vois cela en moi pour poursuivre cette tâche. Je me définis moi-même ouvertement. Si vous me trouvez dangereux, ne vous approchez pas ! ».

[5] Le leader du PYD annonce une guerre avec les colons arabes dans les zones kurdes : http://rudaw.net/english/middleeast/syria/24112013

[6] Des détails sur le développement d’une alliance entre le PYD et l’Armée Syrienne Libre et des forces islamistes incluant une scission d’Al Qaïda en Syrie.

https://now.mmedia.me/lb/en/reportsfeatures/564212-fsa-fighting-alongside-kobane-kurds

http://www.ozgurgundem.com/index.php?haberID=118383&haberBaslik=YPG+ve+%C3%96SO+%27ortak+eylem+merkezi%27+kurdu&action=haber_detay&module=nuce

[7] La conscription commence dans les régions kurdes de Syrie, l’évasion autre part.

http://www.wri-irg.org/node/23519

Une réponse à l’article « Rojava : Une perspective anarcho-syndicaliste ».

 

Article envoyé par Hüseyin Civan, un membre de DAF (Devrimci Anarşist Faaliyet), un groupe anarchiste en Turquie et publié sur le site « Libcom ».

C’est une réponse à l’article « Rojava: An Anarcho-Syndicalist Perspective » écrit par un membre de la WSA (Workers Solidarity Alliance) et plus généralement c’est une réponse aux critiques concernant la participation active de DAF à la lutte au Rojava.

Le texte original en anglais peut être trouvé ici : http://libcom.org/library/response-article-rojava-anarcho-syndicalist-perspective

 

Les effets des révolutions sociales ne sont pas limités par le seul effet de la lutte contre les pouvoirs politiques et économiques dans la région géographique où la révolution se produit. Il est important de voir leur effet sur différentes autres régions avec les changements intellectuels et pratiques que cet effet amène. Parlant de la résistance à Kobanê, la révolution du Rojava est plus importante maintenant pour voir cet effet plus clairement.

La réaction et l’attaque de l’État et du capitalisme contre ce qui est en train de se passer au Rojava sont attendues en ce moment. Toutefois, nous devons tourner nos visages vers les débats internes au sein de l’opposition sociale en même temps. Il est nécessaire de souligner que de tels débats sont une ressource importante pour la compréhension de ce qu’est l’effet du Rojava.

Depuis le début de ce processus, les attitudes des camarades anarchistes envers la compréhension du Rojava et le soutien à la résistance ont été très importantes pour se remémorer la solidarité internationale, que nous n’avons pas l’habitude de voir d’une manière si organisée. De nouveau nous avons fait l’expérience que la solidarité est notre plus grande arme.

Cette forme de solidarité qui a été créée entre les anarchistes a inévitablement fait de la résistance à Kobanê un gros titre parmi les anarchistes tout autour du monde.

L’article « Rojava: Une perspective anarcho-syndicaliste » qui a été publié sur plusieurs sites différents est un des reflets de ce gros titre. Cette évaluation de l’article est spécialement destinée à corriger l’information à propos de la Révolution du Rojava et de la Résistance de Kobanê, au lieu de souligner les aspects positifs et négatifs de l’article et de faire une simple critique.

En considérant les différents commentaires qui peuvent se former et les différentes perspectives d’organisations anarchistes dans différentes régions géographiques ; j’ai centré la critique de l’article sur le sujet d’une évaluation incomplète de la lutte kurde pour la liberté et de la Révolution du Rojava. La critique politique contre une communauté qui est prise dans une lutte à la vie à la mort sous des conditions de guerre ne peut être faite en ignorant cette condition. Encore plus si la dite critique a certains préjugés et a été formée avec des généralisations tranchantes. Et bien sûr si un énorme mouvement populaire est évalué d’une manière dégradante…

Tout d’abord il est nécessaire de déclarer que former une relation de solidarité avec la Révolution du Rojava et la Résistance de Kobanê n’est pas une relation émotionnelle, au contraire de ce que les camarades prétendent dans « Une perspective anarcho-syndicaliste ». Parce que les organisations anarchistes ne basent pas leurs relations de solidarité sur la « sympathie ». Ces relations se forment principalement en prenant en considération une perspective politique et des stratégies planifiées pour réaliser cette perspective. Par conséquent, la solidarité et le soutien à une lutte ne sont pas loin de l’objectivité.

Dans différentes parties de l’article, la critique du PKK est censée être basée sur l’histoire du parti politique – et avec des critiques telles qu’une mise en œuvre imparfaite de la « municipalité libertaire », un état incomplet de transformation sociale et des racines nationalistes ; la condition et la perspective actuelle du Mouvement kurde est laissée sous le préjugé. En faisant tout cela le préjugé est basé sur une information incomplète, consciemment ou inconsciemment. Personne ne prétend que le Mouvement kurde pour la liberté est un mouvement anarchiste. Par conséquent, les pratiques qui sont proclamées imparfaites ou ayant des défauts devraient être évaluée en prenant en considération ce fait. D’un autre coté, un mouvement populaire qui apprécie autant la « critique de l’État et du capitalisme » ne peut être négligé par les anarchistes. Cette question ne peut être uniquement liée au « municipalisme libertaire » bookchiniste. Le mouvement a référencé de nombreux camarades différents, depuis Bakounine à Kropotkine, dans ses relations théoriques avec l’anarchisme et peut interpréter le problème de l’État avec une large perspective. Par ailleurs, réaliser cette idée mène à une pratique qui est très libertaire et non-centralisée. Je pense que ce point est très important. Cette information est basée non sur des citations tirées d’articles et de livres mais sur une observation mutuelle d’organisations politiques qui partagent un terrain de lutte commun.

La condition du Rojava n’est pas telle parce qu’Assad a quitté la région ou à cause de ses prétendus arrangements avec les pouvoirs globaux. La grande transformation sociale qui s’est produite au Rojava il y a deux ans et demi est intervenue dans une conjoncture où l’activité politique forçait le Moyen-Orient à choisir la gouvernance d’un des deux coté opposé (laïcs supporteurs de coups d’État/conservateurs démocrates). Le peuple du Rojava, lorsque le « printemps » se transforma en hiver dans la région du Moyen-Orient, ne se retrouva pas dans ces deux cotés et créa sa propre solution.

Alors que la vie a été reconstruite au Rojava, la structure non-centralisée des mécanismes sociaux qui ont été créé, l’emphase insistante sur l’absence d’État, l’organisation de relations de production-consommation-distribution d’une manière aussi éloignée que possible du capitalisme, l’auto-organisation comme garantie du processus social, les communes dans trois différents cantons façonnant leur fonctionnement avec des processus de décision indépendants sont indéniablement importantes à cette époque. Plus spécialement, comment un anarchiste peut-il nier le fait que ce processus est une expérience prometteuse pour la multiplication d’exemples similaires dans différentes régions géographiques ?

Répétons pour les camarades qui persistent à ne pas comprendre. Ceci n’est pas un effort pour prétendre que c’est un processus anarchiste. Cependant les caractéristiques anarchistes du processus au Rojava feront plaisir aux anarchistes qui luttent pour une révolution sociale. Ce plaisir est loin du romantisme qui est critiqué dans l’article, il s’agit de comprendre que nos buts politiques et nos stratégies sont applicables dans un tel système, à une telle époque.

Personne ne peut prétendre que les pratiques d’un peuple sans État sont négatives pour les anarchistes qui luttent pour une révolution sociale. De telles pratiques dans différentes régions géographiques peuvent se développer dans leurs conditions authentiques Prétendre que ces luttes authentiques ne sont pas adéquates avec les principes anarchistes et réduire leur importance, c’est exhiber une compréhension de l’anarchisme qui repose sur une arrogance théorique manquant de pratique. Une autre chose dans l’article qui vaut d’être soulignée, c’est l’authenticité de ses références. Il est intéressant de référencer les expressions d’un groupe en ligne juste parce qu’ils ont les mots Kurdistan et anarchistes dans leur nom. Ce n’est pas à propos du fait que les expressions des camarades soient vraies ou fausses. Le fait politique que le groupe base ses expressions là dessus est une question problématique, alors qu’il ne montre aucune activité politique dans la région du Kurdistan tandis qu’il critique théoriquement le Mouvement kurde pour la liberté à un niveau pratique.

Tandis que le mouvement des femmes au Kurdistan est directement relié avec le mouvement pour la liberté, des commentaires qui prétendent que le mouvement des femmes est à part de cette entièreté, ou même contre elle, altèrent l’information. C’est un défaut de logique de critiquer le mouvement comme patriarcal alors qu’on met l’emphase sur l’importance du mouvement des femmes dans la lutte. Qui plus est, le défaut de logique continue lorsqu’on prétend qu’Öcalan est un violeur en confirmant cela avec des citations provenant de sites web étatiques de contre-propagande. Un autre exemple de références est à propos des « kurdes voulant une guerre pour expulser les arabes ». Quand vous prélevez une cerise dans un discours sans prendre en compte son contexte, vous pouvez l’utiliser pour soutenir un contexte à vous. Il est clair que le sujet de l’information référencée est à propos des colons manœuvré-e-s par Assad pour changer la structure démographique de la région en vue de ses objectifs d’assimilation. Comme les colons israélien-ne-s.

On peut inventer des causes quand on essaye d’être sur-méfiant-e. Toutefois, il est important de questionner la relation entre ces causes et les faits actuels. C’est une erreur d’essayer de définir le Mouvement kurde pour la liberté comme un mouvement nationaliste. Cette définition et les autres négligent la transformation du mouvement et prétendent que l’ancienne structure politique de celui-ci continue. Une perspective qui n’a pas de connaissances des pratiques de processus et a seulement des articles critiques comme source d’information est extrêmement problématique. Parce qu’une part massive de ces critiques sont formulées par des mentalités étatiques et leurs extensions. Une critique saine peut être faite en observant et en faisant l’expérience des pratiques politiques. Toute critique qui manque d’une vision géographique régionale et de caractère pratique porte en elle le danger de tomber dans l’orientalisme.

Nous parlions auparavant à propos du processus au Rojava et du fait que le mouvement n’est pas anarchiste. Une autre chose qui manque c’est l’évaluation de la lutte pour la liberté du peuple kurde à part du fait qu’ils et elles ont lutté pendant des siècles dans la région mésopotamienne. Celles et ceux qui se détournent de la vérité par correction idéologique et dévalue une lutte populaire de plusieurs siècles trahissent leurs responsabilités révolutionnaires et devraient faire attention au front sur lequel ils et elles sont en train de se placer.

Percevoir les classes dans une vision superficielle et essayer d’interpréter les luttes sociales juste comme des luttes économiques, c’est créer une hiérarchie entre les luttes des opprimé-e-s. Un point de vue anarchiste qui limite les opprimé-e-s aux travailleurs-euses et néglige les autres relations de pouvoir contredit l’histoire du mouvement anarchiste. L’histoire révolutionnaire de l’anarchisme est pleine des luttes économiques, politiques et sociales des opprimé-e-s. Négliger l’effet du mouvement sur les mouvements populaires pour la liberté depuis l’Europe jusqu’à l’Extrême Orient asiatique à différents siècles, exclure l’apport pratique de cet effet aux luttes de classes en Amérique du Sud c’est ignorer la structure intégrée du mouvement anarchiste.

Nous ne sommes pas des diseurs-euses de bonne aventure. Nous ne pouvons pas savoir ce qui arrivera au Rojava dans un mois ou un an. Nous ne pouvons pas savoir si cette transformation sociale, qui ne nous donne pas seulement de l’espoir en tant que révolutionnaires qui luttent dans une région géographique proche mais qui nourrit également notre combat dans la région où nous luttons, ira vers un futur positif ou négatif. Mais nous sommes des anarchistes révolutionnaires. Nous ne pouvons pas seulement nous asseoir de coté, regarder ce qui se passe et commenter, nous prenons part aux luttes sociales et agissons pour une révolution anarchiste.

Vive la Révolution du Rojava !

Vive la Résistance de Kobanê !

Vive l’Anarchisme Révolutionnaire !

Hüseyin Civan

(de l’organisation anarchiste turc DAF)

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