Kobane entre en seconde phase: résistance et nécessitées

Kobane entre en seconde phase: résistance et nécessitées

Après 134 jours a défendre et résister avec ferveur, les femmes, les hommes et les combattans ont finallement, avec le support et la solidarité de million de personnes du monde entier, vaincus les attaques vicieuses d’ISIS et libérer Kobane.

Ce ne fut pas seulement une defaite pour ISIS et leur rêve d’établir un Califat Islamique, cela a aussi  détruit celui de leur allié actuel, le gouvernement Turque qui voit ainsi disparaître sont rêve de
re-former un empire néo-Othoman.

L’attaque sur Kobane était une guerre de proximitée déclencher par ISIS sous les commandes du régime régionale à l’encontre du système démocratique auto-gérer (Democratic Self administration ou DSA) et de ses courageux citoyens.

Cette guerre à aussi eu un impact sans précédent sur l’état psychologique et les relations sociales des habitants de Kobane ainsi que sur les personnes partis se réfugier dans les regions voisines.

La guerre n’est pas encore finit! Tant qu’ISIS ne serat pas éradiquer de la region, ils essayerons encore d’intimider et de menacer les villages autour de Kobane avec leur missions de terreure et de propagande.

Nous entrons maintenant dans une deuxième phase de résistance qui est de gérer les conséquences de la guerre : nettoyer les mines, explosifs et bombes non-explosées qui jonche les sols de Kobane. Cette operation ne peut clairement pas être réaliser par les habitants de Kobane seuls mais nécéssite un support technique et des expertises.

Pour reconstruire kobane, sa population a besoin d’aide internationale. La solidarité des individus des quatre coins du monde est indispensable pour sauver le système démocratique auto-gérer et constitut la seule facon de préserver la révolution. Demander aux sociétés financières et aux autres multi-nationales de nous aider ne représente pas une option viable pour nous. L’histoire nous a notament enseigner que cette approche risquerais aussi bien d’anéantir la révolution et tout son sens.

Ici quelques suggestions pour les actions de solidaritée internationale et autre support dans la reconstruction de Kobane :

– Former des commitées et/ou association pour collecter des fonds, afin d’obtenir des outils et matériaux pour recontruire et nettoyer l’environement d’après guerre a commencer par Kobane.

– Ouvrir des comptes banquaire pour recevoir des donnations et autres contribution sous le contrôle des groupes solidaires de Rojava (ONG) des différentes villes et pays.

– Former divers groupes et commités dans chaque pays offrant la possibilitée de rassembler n’importe quel matériaux nécéssaire à la reconstruction de Rojava et en assurer son tranfère rapide et sure. Mettre en place des lieux de stokcage aux frontière Kurdes d’Irak, d’Iran et de Turquie avant de tranférer ces matériaux en ouvrant des corridores humanitaires.

– Collecte de médicaments et équipements hospitaliés à envoyer à chacun des 3 cantons de Rojava : Jazeera, Kobane et Efrin.

– Contruire des écoles, hopitaux, espaces de jeux et lieux spécialisés dans la réhabilitation et le support psychologique des victimes de guerre et réfugiés.

– Fournir des lignes téléphoniques et des connections internet indépendantes des pays voisins, aux 3 cantons de Jazeera, Kobane et Efrin. Ne pas dépendre des lignes déj à établient dans les pays voisin et garder les connections internet en dehors de leur controle est primordial.

– Permettre aux volontaires pouvant aider physiquement et mentalement à ce rendre la-bas afin de participer directement aux support des gens et à la reconstruction de Kobane et de Rojava.

– Permettre aux volontaires expert dans le domaine de l’énergie, de l’agriculture, de l’industrie et du batiment de participer et d’offrir leur savoir-faire pour la reconstruction de ces espaces.
Chaques projets doit etre approuver par les peuples du Rojava au travers des Communes et seront développés sous la coordination des commités démocratique auto-gérer (DSA), à qui revient les décisions finales.

Nous estimons que la solidarité et la participation dans le support des peuples du Rojava est une pratique anarchiste intrinsèque et un devoir. Nous esperons que les suggestions précédentes et autre à venir seront mis en pratique et ce, pas seulement au Rojava mais dans n’importe quel region du monde, en particulier celles détruite par la guerre. Cela nous semble évident que l’accomplissement anarchiste se trouve dans chaque aspect de la vie.

Nous pensons que rien n’est parfait ou à l’abris de critiques, en commencant par ces suggestions et esperons qu’elles vont créer discussions et débat au seins de toutes les communautees anarchistes. Nous aimerions souligner qu’elles ne concernent pas uniquement Rojava car n’importe quel peuple du monde peut faire face à une situation similaire dans un future proche.

Le Forum Anarchiste du Kurdistant (Kurdistan Anarchist Forum or KAF)

Le 4 Fevrier 2015

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Entretien avec le Forum Anarchiste du Kurdistan (KAF en anglais) sur la situation en Irak et au Kurdistan et sur le conflit avec l’État Islamique

Texte en anglais trouvé sur le site anar «anarchistan.tk» (https://anarkistan.wordpress.com/page/2/ en date du 03 septembre 2014). Il a été traduit, fin novembre 2014, par un membre du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

Le texte a été féminisé et il est librement utilisable par tous et toutes.

 

Entretien avec le Forum Anarchiste du Kurdistan (KAF en anglais) sur la situation en Irak et au Kurdistan et sur le conflit avec l’État Islamique , réalisé par le site web anarchiste espagnol (www.alasbarricadas.org) le 3 septembre 2014.

ALB: Comment allez-vous ?

Nous allons bien mais, comme beaucoup d’entre vous, nous sommes extrêmement concerné-e-s à propos de la situation actuelle en Irak en général et dans la partie irakienne du Kurdistan en particulier. Nous sommes très actifs-ves dans les médias sociaux en ce qui concerne l’écriture, faire des commentaires et discuter de la crise actuelle qui existe avec différentes personnes et groupes.

ALB: Craignez vous que l’attaque de l’État Islamique (État Islamique d’Irak et du Levant, EIIL) n’entraîne la défaite des Peshmergas ?

En fait l’attaque de l’EIIL n’est pas juste une attaque contre les forces ou l’armée du Gouvernement Régional du Kurdistan (GRK), c’est une attaque contre tout le monde. Comme vous le savez, l’EIIL est la force la plus sombre et il est bien plus brutal que n’importe quel autre groupe terroriste. Ils ne distinguent pas entre les gens armés et les gens ordinaires. Partout où l’EIIL est entré, les résident-e-s ont vécu de très durs moments, étant contrôlé-e-s, en les soumettant par la mise en œuvre de la Charia. Nous sommes sûr-e-s que vous avez entendu parler de ce qui est déjà arrivé aux yézidis alors qu’ils et elles sont un peuple pacifique et qu’ils et elles ne combattent pas du tout contre eux. L’EIIL n’est pas moins brutal envers les chrétien-ne-s et les chiites parce qu’ils croient que ces gens sont tous des diables ou des démons.

Nous sommes plus concerné-e-s par la guerre actuelle à laquelle les gens en Irak et les kurdes irakien-ne-s font face maintenant que par la défaite des Peshmergas face à l’EIIL. Les forces du GRK (Peshmergas) sont les forces corrompues des partis politiques actuels qui sont au pouvoir, principalement le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) dont le leader est Massoud Barzani qui est également le président du Kurdistan irakien et l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) encore dirigé par Jalal Talabani, qui est l’ancien président irakien.

Il y a aussi d’autres forces provenant d’organisations islamiques et d’autres petits partis politiques. Toutefois nous savons que ces forces (Peshmergas) sont un outil dans la main des partis politiques et du GRK, mais, comme vous le savez, nous n’avons rien en commun avec eux et nous les avons toujours considéré comme des forces répressives. Cependant, alors que l’Irak et le Kurdistan font face en ce moment aux forces les plus sombres de l’histoire actuelle, nous devons être inquiets concernant une défaite des Peshmergas.

Il y a un autre point important que nous voudrions porter à votre attention. Les Peshmergas au début n’étaient pas seulement vaincus, ils fuyaient sans tirer une seule balle. S’il n’y avait pas eu les Unités de Défense du Peuple (YPG en kurde) et les Unités de Défense du Peuple (YPJ en kurde) (les forces kurdes syriennes) et plus tard le PKK, l’EIIL aurait pu facilement envahir la capitale du Kurdistan irakien, Erbil. S’ils avaient occupé Erbil ensuite le reste des villes du Kurdistan pouvait tomber dans leurs mains sans résistance ou avec très peu de résistance.

ALB: Est-ce que vos membres sont en train de travailler à l’auto-défense contre l’EIIL ?

Comme nous, en tant que KAF, nous l’avons préalablement dit, nous sommes seulement un forum virtuel, pas une organisation physique, et nous n’avons pas des gens de haut en bas. La majorité d’entre nous, qui écrivons dans notre forum (Seko), nous vivons à l’étranger ; nous ne pouvons par conséquent rien faire physiquement pour l’autodéfense du Kurdistan. Si vous pensez à des gens au Kurdistan qui sont d’accord avec nos idées ou proches du KAF, bien sûr, ils et elles essayent de s’organiser par eux et elles mêmes pour résister. Toutefois, parce qu’il n’y a pas un mouvement anarchiste au Kurdistan, nous avons peur de devoir vous dire que, oui, il n’y a pas de groupes d’autodéfense ou de mouvement comme nous pouvons en voir en Turquie ou au Kurdistan syrien (Rojava). Nous croyons que la seule force ou le seul pouvoir qui peut vaincre l’EIIL, c’est l’autodéfense indépendante de la masse du peuple. Malheureusement, cette force ou ce mouvement n’existe pas pour le moment.

ALB: Que pensez vous des bombardements américains ?

Avant que les USA n’aient décidé de bombarder et frapper les bases de l’EIIL, il y avait beaucoup de rumeurs et des nouvelles selon lesquelles l’EIIL avait été créée par les USA, le Royaume-Uni et les israelien-ne-s. La preuve la plus évidente à laquelle nous pouvons nous référer concernant cela provient d’Edward Snowden. Maintenant quand ils (les USA et le Royaume-Uni) décident d’attaquer l’EIIL et de vendre des armes au GRK, c’est pour saper les information d’Edward Snowden et les rumeurs qui se répandent largement.

Nous sommes contre l’intervention des USA et des pays occidentaux et également le fait de vendre des armes au GRK. Nous savons que c’est un gros business pour eux et qu’ils peuvent faire beaucoup de profits à travers ce commerce. Nous ne voulons pas non plus que le Kurdistan devienne un champ de bataille pour l’ensemble des groupes djihadistes dans le monde contre les USA, les pays occidentaux et les kurdes, dans lequel tellement de gens innocents seraient tués et où beaucoup de lieux seraient détruit. De plus, la situation de guerre crée plus de haine entre les kurdes et les arabes, entre les kurdes et les sunnites. Ce qui cause pendant ce temps là l’émergence de nombreux groupes racistes et fascistes.

Les seuls gagnants dans les guerres ce sont les grosses compagnies qui vendent les armes et les équipements de guerre, et les perdants sont toujours les pauvres gens.

ALB: Travaillez-vous avec le PYD/PKK/PÇDK ? ( Le PKK du Kurdistan turc a plusieurs partis frères dans les autres parties du Kurdistan : le PYD au Kurdistan syrien, le PÇDK au Kurdistan irakien et citons aussi le PJAK au Kurdistan iranien. Note Du Traducteur).

Non, nous ne le faisons pas. Parce que nous rejetons tout soutien ou coopération avec tous les groupes et organisations hiérarchiques, politiques et autoritaires. Nous nous alignons avec et sommes seulement intéressé-e-s par toute résistance des masses populaires et des mouvements sociaux, où qu’ils soient dans le monde et nous sommes prêt-e-s à les soutenir par tous les moyens dont nous disposons.

 

ALB: En ce qui concerne vos réponses, en Irak, il y a maintenant un groupe d’autodéfense appelé les Unités de Protection de Sinjar (YPS en kurde). Je pense que c’est une création des YPG. Le PÇDK est également en train de créer sa propre milice. J’imagine que certains peshmergas de la base peuvent maintenant regarder les milices d’autodéfense avec sympathie. Pensez-vous qu’il est possible d’avoir dans les prochains mois un canton autonome en Irak, similaire à ceux du Rojava ? Je veux dire autonome face au GRK, aux USA et tout le reste…

Nous ne pensons malheureusement pas que quelque chose comme ce que vous évoquez peut arriver facilement et rapidement parce que :

Premièrement, la nature du système parlementaire et le rôle du centralisme en Irak, comme ailleurs, ne le permet pas. Deuxièmement, 13 ans de sanctions par les pays occidentaux et les USA contre l’Irak et y compris le Kurdistan, ainsi que l’invasion et l’occupation, et ensuite l’imposition de la politique de marché libre et de globalisation en Irak, ont forcé le pays à être dépendant des conditions qui ont été posées par les grands pouvoirs en Europe et les institutions financières (FMI, Banque Mondiale, Banque Centrale Européenne). Troisièmement il y a également une raison interne. Le GRK a dominé durant les 22 dernières années tous les aspects de la vie du peuple au Kurdistan. Il a travaillé à changer la mentalité des citoyen-ne-s pour qu’ils et elles soient corrompu-e-s, matérialistes, qu’ils et elles perdent leur confiance en eux et elles mêmes et leur indépendance pour devenir dépendant-e-s de lui, mentalement et financièrement. Le GRK a créé une telle atmosphère au Kurdistan que la majorité du peuple pense juste à comment être riche et à entrer en compétition avec les autres pour devenir plus riche et être dans de meilleures conditions. Dans un pays très riche comme le Kurdistan, son peuple est dépendant de tout ce qui est importé de l’étranger, il n’y a pas d’économie indépendante car les politiques des partis qui sont au pouvoir ont détruit l’économie indépendante du Kurdistan.

Nous croyons qu’en ce qui concerne ce qui est arrivé au Kurdistan syrien en terme d’organisation d’Unités militaires et également d’auto-gouvernement dans ses trois cantons, il y a le PKK et le PYD derrière et la DSA (l’administration locale qui a été créée dans ces cantons –Note Du Traducteur) est sous leurs influences. Cela signifie que si quelque chose comme ça se produit à Sinjar, ni le GRK ni le gouvernement central irakien, ni les pays dans la région, ni les USA ne permettront à ce couple de forces (PKK et PYD) de rester longtemps à Sinjar pour encourager les gens là-bas à annoncer leur propre auto-gouvernement.

Nous reconnaissons qu’organiser des unités de défense du peuple en tant qu’armée du peuple et également une auto-administration démocratique (DSA en kurde) sur la base de coopératives et de communes populaires et l’émergence du fédéralisme nécessite un très long processus de luttes de masses indépendantes pour s’impliquer dans toutes les questions sociales et économiques qui deviennent quelque chose de très urgent et nécessaire. Ce sont les bases pour organiser de véritables unités de défense du peuple et l’administration démocratique direct sans quoi les milices seront une milice comme n’importe quelle autre dans le monde et la soi-disant DSA sera un vrai gouvernement dictatorial.

C’est un fait qu’il y a eu une grande conspiration pour le retrait des forces du GRK (peshmergas) et cela a créé une brèche ou a donné une opportunité pour qu’émerge une résistance de masse et la mise en place d’Unités de Protection parmi les yézidis eux et elles mêmes qui ont subi un génocide et ont été déplacés. Cependant, il y a un autre point important dont vous n’êtes peut être pas au courant et qui est que parmi les yézidis eux et elles mêmes, il y a des élites, spécialement le Prince de la religion et les gens riches et puissants qui ont toujours soutenu les politiques du GRK, en ayant un impact sur beaucoup de gens dans la communauté yézidi en utilisant leurs influences religieuses. Cela peut être une grave menace pour diviser la communauté yézidi.

En bref, ni l’auto-conscience des gens sous le GRK, ni les terrains sociaux et économiques ne peuvent possiblement permettre, au moins dans le présent, ce que nous voyons se produire au Kurdistan syrien arriver à Sinjar. Qui plus est quand on sait qu’il y a une possibilité pour qu’à la fois le GRK et le gouvernement central irakien s’unissent contre la résistance populaire à Sinjar, en utilisant tous les moyens pour la réprimer et l’opprimer. Nous croyons également que les pays de la région, les pays occidentaux et les USA, qui ont pendant presque deux décennies investi politiquement et économiquement là-bas (au Kurdistan irakien) en faisant d’énormes profits, ne resteront pas simplement assis à observer la situation. Ils interviennent par conséquent premièrement en utilisant leurs réseaux d’espions, leurs soutiens logistiques et en fournissant au GRK et au gouvernement central irakien tout ce dont ils ont besoin pour qu’ils protègent leurs intérêts. Il faut vous rappeler qu’en même temps les gouvernements de l’Iran et de la Turquie essayent depuis longtemps d’éliminer continuellement les forces du PKK et qu’ils utilisent ce la comme une excuse pour pénétrer la frontière du Kurdistan avec leurs forces militaires et pour bombarder la région et tuer tellement de gens innocents. En plus de ce que nous avons dit, nous devons admettre qu’il n’y a pas du tout de mouvement social anarchiste là-bas (au Kurdistan irakien). Ce que nous avons là-bas c’est plus une idée et une pensée de l’anarchisme.

En fait les partis communiste et gauchistes essayent de créer leurs propres Unités sous le nom de « garde populaire ou Unités de la Résistance Populaire » mais ils ne sont pas dans une position suffisamment forte pour faire cela, et même s’ils arrivent à le faire dans le futur, cela ne sera pas quelque chose de différent des unités hiérarchiques ou dans le meilleur des cas ce sera des milices comme nous en avons tellement des deux types (milices et milices d’État) au Kurdistan.

Leur intention réelle est de se constituer un capital politique à partir de cela, et comme tout autre groupe politique ou Unités militaires, d’obtenir des indemnités et des salaires de la part du gouvernement bourgeois.

ALB: Quelques femmes du PKK sont venues à Barcelone le mois dernier. L’une d’entre elle se reconnaissait comme anarchiste. Elle venait d’Allemagne et voulait en apprendre plus à propos de l’histoire anarchiste ici en Espagne. Pensez-vous qu’il y a des anarchistes dans les rangs du PKK ? Avez-vous des contacts avec eux et elles ? Serait-il possible d’avoir un courant de gauche libertaire au sein de ce mouvement hiérarchique ?

Oui, à l’intérieur du PKK et du PYD il y a des hommes et des femmes avec des idées et des pensées anarchistes. Certaines de ces personnes en sont arrivées là à travers leurs propres luttes et expériences. Les autres sous l’influence d’Abdullah Öcalan sont devenues anarchistes et libertaires. Ils et elles ont réalisé que l’anarchisme est la réponse la plus radicale au système capitaliste. Nous croyons que celles et ceux qui ont embrassé l’idéal anarchiste sous l’influence d’Öcalan peuvent ne pas être aussi solides que les gens qui en sont arrivés à la même idée à travers leurs propres luttes et expériences. Évidemment la raison pour cela est que si Öcalan, qui est encore au sommet d’une organisation hiérarchique comme le PKK et qui a tout pouvoir, ordonne, pour une raison ou une autre, aux gens à l’intérieur du PKK ou du PYD de changer leur direction, nous sommes sûr-e-s que beaucoup d’entre eux et elles seront content-e-s de le faire. Si cela arrive, il y a une possibilité que ce groupe change ses principes et sa direction ? Nous pensons différemment en ce qui concerne particulièrement ces femmes de la guérilla qui sont devenues anarchistes à travers leurs propres expériences en tant que membres des groupes et comités dans les villages et les villes de la société ; nous croyons qu’elles sont plus stables et solides. Nous avons vu quelques interviews qu’elles ont donné et aussi vu quelques films qui montrent comment elles vivent et comment elles gèrent leur travail et leur vie quotidienne ensemble comme dans des communes. Tout cela nous donne plus d’espoir, même si encore une fois nous ne vivons pas avec elles, nous ne savons pas combien cela est vrai. Nous devons aussi dire que parmi leur parti-frère au Kurdistan iranien et irakien, nous ne voyons malheureusement pas ces changements de direction positifs. Ces gens ressemblent presque au PKK du début des années 90 du siècle dernier, ils et elles sont encore nationalistes et la plupart de leurs leaders sont très autoritaires. Nous pensons qu’ils et elles n’embrassent pas les idées et la pensée actuelles d’Öcalan, comme les coopératives, les communes dans les villes et les villages, l’auto-gouvernement du peuple, la démocratie directe, le système de fédéralisme et de confédération libre. Nous croyons que les politiques des partis au Kurdistan iranien et irakien sont très en contradiction avec la politique actuelle du PKK et du PYD, ils et elles insistent encore sur le changement politique plutôt que sur le changement social, ils et elles sont encore en compétition avec les autres partis bourgeois pour gagner de l’argent, du pouvoir et des positions.

Les expériences de beaucoup d’entre nous ont prouvé, ou au moins montré, qu’il est très très dur pour une idée et une direction libertaire/anarchiste de croître et de se développer à l’intérieur d’une organisation hiérarchique. Pas seulement cela, il est impossible pour de telles idées et directions de demeurer ou de rester et continuer dans une organisation nationaliste idéologique. Nous pouvons toujours séparer ou distinguer entre le mouvement social et le mouvement politique gauchiste qu’elles que soient les formes qu’ils prennent, parce que les gauchistes et les politicien-ne-s sont toujours autoritaires et corrompu-e-s. Nous pouvons voir en réalité que les gauchistes essayent toujours de dominer et contrôler les luttes et le mouvement des masses populaires et de les utiliser pour atteindre leurs propres buts politiques et en tirer un capital politique. Nous sommes les témoins de toutes les tentatives qui ont été faites par les gauchistes durant le soulèvement qui s’est produit au Kurdistan irakien en 1991 et jusqu’à aujourd’hui ils et elles ont essayé de changer la direction des mouvements de masse, les décevant, les trompant, se compromettant avec l’État et essayant de planter les graines de la naïveté parmi les gens pour qu’ils et elles croient aux partis politiques, au centralisme, à « l’État ouvrier », à l’État communiste », au « socialisme d’État ». Tout cela est la propagande qu’ils et elles ont produit depuis lors.

Malheureusement, pour autant, nous n’avons pas pu établir un lien ou une connection directs avec les personnes anarchistes dans le PKK ou le PYD. Nous avons essayé auparavant de le faire mais nous n’avons pas réussi, nous espérons faire cette connection dans un futur proche.

 

ALB: Et la dernière question, que pensez-vous du confédéralisme démocratique ? Est-il vrai que le PKK est en faveur de cela ou est-ce de la propagande en direction des pays occidentaux ? (S’ils et elles passent pour être semblables aux zapatistes, ils et elles peuvent être vu-e-s comme « cools » dans le milieu gauchiste).

En fait, répondre à cette question est difficile parce que premièrement le PKK contrôle une région qui est complètement différente de ce que les zapatistes contrôlent dans leur pays et également parce que le PKK est une force hiérarchique en tant que parti et en tant que force militaire. Nous ne pouvons être sûr-e-s des détails de leur vie quotidienne et de leurs actions tout comme nous n’avons pas de preuves pour dire si cela est vrai ou faux. Les seules choses dont nous pouvons parler c’est de la DSA, l’auto-administration démocratique du Kurdistan syrien et du Tev-Dem (Mouvement pour la Liberté Démocratique) car, il y a peu, un de nos camarades a fait une visite là-bas pendant deux semaines. Sûrement, il n’y a aucune comparaison entre là-bas et le GRK au Kurdistan irakien. En ce moment, il y a un partage du pouvoir entre tous les partis politiques au sein de la DSA alors il y a un bon équilibre. Le PYD, en tant que parti principal là dedans, tire avantage d’être dans une position très forte, parce que d’un coté le GRK ne peut utiliser son parti relais (Alparty) pour contrôler la DSA et la situation, et d’un autre coté l’organisation islamiste ne peut avoir aucune influence au Kurdistan syrien. Toutefois, tandis que le PYD est le parti principal et que lors des prochaines élections de la DSA, il gagnera sans aucun doute la majorité des forces là-bas, nous ne savons pas si le PYD contrôle la DSA ou si simplement il utilise une autre méthode pour équilibrer le partage du pouvoir. Cela nous inquiète évidemment et nous devons attendre et voir. Ce que nous pouvons dire, c’est que le PYD est également un parti hiérarchique et que les gens qui le dirigent sont autoritaires, et à cause de cela il y a une possibilité de changement dans les deux sens. Nous ne pouvons certainement pas comparer la DSA avec le GRK car le GRK est un excellent protecteur du marché libre du capitalisme. L’expérience de la DSA et du Tev-Dem est très attractive et porteuse d’espoir du fait du transfert de la position des femmes dans la société religieuse et patriarcale au Moyen-Orient, qui s’est améliorée et développée. Cela a créé le sentiment de la libération et la tendance à l’auto-libération parmi les femmes. La dignité, la personnalité, la confiance en soi et la liberté des femmes sont toutes revenues. Tout cela ne peut être atteint par une quelconque force ou parti. Cela a créé une atmosphère pour le mouvement anarchiste tandis que les femmes ont déjà un rôle majeur dans les communes et dans le reste des groupes locaux et des comités. Elles peuvent aux cotés des hommes les mener dans le futur vers une révolution sociale. Pendant ce temps, nous espérons que cette expérience est en train de poser un bon exemple pour les femmes au Kurdistan irakien, qui est actuellement sous les larges influences du libre marché du capitalisme, de la culture de consommation et des partis politiques, y compris les partis religieux, afin qu’elles quittent cette étape et s’engagent dans une révolution sociale.

Les femmes au Kurdistan syrien ne jouent pas seulement un grand rôle dans les zones et champs mentionnés ci-dessus, en fait la création des Unités de Défense des Femmes (YPJ) a changé la position des femmes, celles-ci cessant d’être de faibles créatures ayant seulement certains devoirs qui se trouvent à l’intérieur de la maison dans la société du Moyen-Orient. Cela a soulevé la question qu’elles ne pouvaient être dominée par les hommes, les clans et la religion. Elles peuvent changer la société et elles ont prouvé qu’aucun mouvement dans la société ne peut aller nulle part sans elles. Elles ont réaffirmé que le désir et le sentiment de se libérer de l’esclavage ou du statut de citoyenne de seconde classe dans une société patriarcale provient seulement de leur propre effort et de leurs propres luttes. Ceci étant dit, il y a longtemps, il n’y avait pas de force qui pouvait libérer un esclave à moins que cet-te esclave ait une propre conscience de libération et cela est devenu une revendication et un désir forts.

Finalement, nous vous remercions beaucoup et nous sommes reconnaissant-e-s de votre intérêt à propos d’autres anarchistes dans différentes parties du monde. Dans cet entretien, vous nous avez donné une bonne opportunité de parler brièvement à propos des sociétés d’Irak, du Kurdistan et du Moyen-Orient. Cette opportunité ouvre peut être une petite fenêtre pour celles et ceux qui parlent anglais ou qui peuvent le comprendre pour voir la situation qui a été expliquée ci-dessus de notre point de vue. Nous pensons qu’il n’y a pas beaucoup d’anarchistes dans le monde qui sont informé-e-s ou qui savent beaucoup à propos de la situation dans cette partie du monde. Cela peut les encourager à faire l’effort d’en connaître plus sur le Moyen-Orient et le mouvement anarchiste là-bas. Nous avons noté que les visions autocentrées des camarades européen-ne-s en général sont une des maladies dans le mouvement anarchiste après la seconde Guerre Mondiale parce que nous pensons que beaucoup des camarades anarchistes se concentrent normalement sur l’Europe, les USA et l’Amérique Latine et n’ont pas beaucoup d’intérêt pour le même mouvement ailleurs.

 

Liens vers le KAF :

www.anarchistan.tk
www.facebook.com/Kurdistan.anarchists.Forum
www.twitter.com/anarkistan
anarkistan@activist.com

Une réponse anarchiste-communiste à « Rojava : une perspective anarcho-syndicaliste »

Texte trouvé sur le site anarkismo.net, mis en ligne sur ce site le 1er novembre 2014 et traduit fin novembre 2014 par un membre du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

C’est une réponse au texte « Rojava : an anarcho-syndicalist perspective ». Il s’inscrit dans la lignée d’une première réponse à cet article faite par un camarade anarchiste turc. Le texte « Rojava : an anarcho-syndicalist perspective » et cette première réponse d’un camarade de Devrimci Anarşist Faaliyet ont également été traduits en français et sont disponibles ici : http://sous-la-cendre.info/2740/revolution-au-kurdistan-syrien-2-textes-sur-un-debat-toujours-en-cours

Toutes ces traductions sont librement diffusables et nous espérons qu’elles alimenteront l’inévitable, nécessaire et légitime débat en cours sur le soutien, ou non, aux luttes de libération nationale en général et sur le soutien à la révolution au Kurdistan syrien en particulier.

Une réponse anarchiste-communiste à « Rojava : une perspective anarcho-syndicaliste ».

Ce texte est une réponse à l’article « Rojava : une perspective anarcho-syndicaliste » écrit par « K.B. » et qui a été récemment publié sur le site web « Ideas and Action » de la Workers Solidarity Alliance (WSA, Alliance de Solidarité des Travailleurs) basée en Amérique du Nord. Dans l’article il y a une attaque contre la révolution du Rojava (le Kurdistan syrien) au Moyen-Orient, un évènement dans lequel le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK en Kurde) a joué un rôle clé. Cette réponse n’est pas publiée de mauvaise foi ou avec de mauvaises intentions envers la personne qui a écrit l’article ou envers son organisation mais, bien plutôt, afin de clarifier et de partager notre pensée concernant la question du soutien anarchiste à la fois aux mouvements de libération nationale et à ce qui, pour nous, est une lutte très importante et inspirante qui se déroule au Moyen-Orient. L’objectif est d’avoir un débat franc et amical qui nous emmène tous et toutes de l’avant.

LE CONTEXTE POUR UN SOUTIEN CRITIQUE.

Le PKK et ses projets ont attiré l’attention pas seulement sur la révolution du Rojava – où une part substantielle du programme du PKK est en train d’être appliqué. Le PKK a également attiré l’attention mondiale avec sa bataille héroïque contre les forces meurtrières et ultra-droitière de « l’État Islamique » (État Islamique en Irak et au Levant, EIIL), particulièrement dans des combats en Syrie.

Le PKK se dressait originellement pour un État marxiste indépendant pour le peuple kurde qui devait être créé par des moyens comme la lutte armée. Au cours des 10 dernières années, toutefois, le PKK a significativement changé ce projet, en adoptant les éléments centraux du « confédéralisme démocratique » – une approche dérivée de la pensée tardive de l’écrivain Murray Bookchin, influencé par l’anarchisme. En 2005, le leader emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, disait :

« Le confédéralisme démocratique du Kurdistan n’est pas un système Étatique, c’est un système démocratique d’un peuple sans État… Il tire son pouvoir du peuple et adopte des mesures pour atteindre l’autosuffisance dans tous les champs y compris l’économie[1].

La question des relations des anarchistes et des syndicalistes envers des mouvements comme le PKK –mouvements qui ne sont pas explicitement, ou même complètement anarchiste – est matière à controverse. Une partie substantielle du mouvement anarchiste, particulièrement le vaste réseau plateformiste et spécifiste autour d’Anarkismo.net, a soutenu le PKK, bien que de manière critique.

LOGIQUE DE SOUTIEN

En résumé de notre orientation générale, nous soutenons les luttes contre l’oppression en principe et cela inclut des luttes contre l’oppression nationale et raciale.

Concrètement, cela signifie se placer aux cotés des gens en lutte contre l’oppression et défendre leur droit à choisir des approches avec lesquelles nous pouvons ne pas être en accord. Dans le cas des luttes de libération nationale, cela signifie que nous défendons le droit des peuples colonisés à résister et à vaincre la répression impérialiste des projets de libération par le moyen de formes politico-économiques, tels que des États démocratiques libéraux ou socialistes indépendants, qui nous le voyons échoueront finalement à émanciper les prolétaires et les paysans. C’est une question de principes : s’opposer à l’oppression et se placer aux cotés des opprimé-e-s. Par conséquent, nous ne prenons pas une position « puriste » qui semble être neutre mais qui, en pratique, met les oppreseurs-euses et les oppimé-e-s sur le même plan néfaste.

Cela ne doit pas, cependant, être mal compris et signifier un chèque en blanc pour toute position ou action ou courant engagé dans de tels luttes ; nous n’acceptons pas la position qui refuse de faire toute critique ou de prendre toute position indépendante, sur la base que seul-e-s les « opprimé-e-s » peuvent décider, ou sur le fait que la « solidarité » implique le silence. Évidemment seul-e-s les opprimé-e-s peuvent décider mais ils et elles ne sont pas homogènes politiquement ou socialement et toutes les luttes sont contestées de manière interne et imparfaites. La solidarité est une affaire d’assistance teintée de camaraderie, elle n’a pas pour objet de fermer le dialogue ou d’excuser des erreurs.

En termes concrets, nous ne soutenons pas tout courant organisé dans les luttes contre l’oppression. Plus un courant organisé est proche de nos positions, plus nous le soutenons et montrons de la solidarité ; et en même temps, il y a certaines positions politiques qui sont simplement inacceptables. En termes de stratégie et de tactiques, il y a une échelle mobile et cela signifie que nous donnons, en pratique, la priorité à des relations avec certains groupes par rapport à d’autres et que nous n’établissons délibérément pas de relations du tout avec d’autres.

De plus, tandis que nous montrons de la solidarité, et que nous fournissons une aide concrète, nous ne « liquidons » pas notre politique ou notre programme, en devenant des supporters-rices inconditionnel-le-s ou des organisations de donateurs-rices. Notre objectif est simplement de s’aligner aux cotés des luttes contre l’oppression, avec également le but d’influencer ces luttes. Seul l’anarcho-communisme offre les conditions pour une reconstruction des sociétés humaines qui rendra possible une résolution complète des nombreux maux sociaux, y compris de nombreux types d’oppression.

Par conséquent, dans notre solidarité, nous nous engageons en politique en tant que force indépendante qui cherche une certaine influence. L’engagement est une question de stratégie, ses formes précises dépendent du contexte et sont, par conséquent, des questions de tactiques. Mais centralement, dans notre engagement, nous conservons notre indépendance politique et critique, et nous n’abandonnons pas nos principes (stratégie et tactiques). Concrètement, il y a des questions pratiques autour desquelles nous pouvons coopérer directement avec des courants organisés spécifiques et offrir notre solidarité (même si c’est seulement au niveau de l’élévation de la conscience), ensuite il y a de nombreuses luttes au sein des luttes des opprimé-e-s, dans lesquelles nous pouvons prendre parti ; mais nous avons à tout moment pour objectif de proposer, et de faire gagner en influence, nos méthodes, nos buts et projets.

Nous résumerons les applications concrètes de cette approche au cas du Rojava dans la conclusion mais, pour l’instant, brièvement : dans le combat contre l’État Islamique et contre l’oppression nationale des kurdes, le réseau Anarkismo.net s’aligne avec les combattant-e-s contre ces forces. Deuxièmement, le rapprochement partiel du PKK avec l’anarchisme donne une base additionnelle pour le soutien : avec toutes ses limitations, le projet du PKK est un de ceux qui, à certains égards, s’aligne avec les idéaux anarchistes. Il est loin de la constitution d’un régime autoritaire de haut en bas à la manière, par exemple, de l’Armée Rouge de Mao. À ce propos, le soutien critique envers le PKK est similaire au soutien critique que de nombreux-ses anarchistes ont envers les zapatistes (EZLN) au Mexique. La question n’est pas de savoir si le PKK est à 100% anarchiste – il ne l’est certainement pas – mais plutôt si le PKK combat du bon coté et, deuxièmement, s’il y a des éléments du programme du PKK que les anarchistes peuvent soutenir volontiers.

En bref, cette approche envers le soutien et la solidarité – et même les alliances – ne procède pas depuis la position que les anarchistes peuvent seulement et jamais s’engager qu’avec des forces qui sont purement et sans ambiguïtés anarchistes. Bien plutôt, la logique est que les anarchistes se dressent avec les opprimé-e-s contre les oppresseurs-euses – sans renoncer à leurs différences avec d’autres courants. Et la logique est également que les anarchistes devraient s’engager avec des mouvements qui sont, si ce n’est complètement anarchistes, au moins de certaines manières plus proches de nos objectifs.

La politique est une situation confuse, basée sur le débat, le conflit et le compromis. Ce n’est la question d’attendre des mouvements parfaits ou des moments parfaits mais celle d’essayer de naviguer – encore une fois sans liquider notre politique – dans une réalité plus compliquée, marquée par des gains partiels et des luttes confuses.

L’ARGUMENT RÉPUDIANT LE SOUTIEN

Par contraste, l’article dans « Ideas and Action » prend une autre posture. Il décrit le PKK sous la pire lumière possible, comme « autoritaire », « patriarcal » et « ethno-nationaliste » et va jusqu’à soulever de sérieuses accusations contre Öcalan. Les conclusions politiques dessinées par l’auteur « K.B. » sont claires : les anarchistes devraient se distancier de la révolution du Rojava et du PKK.

Ainsi, c’est en partie un jugement selon lequel le PKK et son projet ne sont ni contre l’oppression ni en aucune manière compatibles avec les buts anarchistes. Mais il tend à suivre une plus vaste ligne de raisonnement dans un secteur du mouvement anarchiste qui congédie de manière routinière tout ce qui n’est pas purement anarchiste et qui, en pratique, se confine lui-même dans l’engagement avec d’autres anarchistes. Si cette approche est correcte dans le fait de souligner les dangers d’un soutien non critique à des mouvements non anarchistes, elle répond d’une manière telle qu’elle se coupe elle-même de la possibilité de s’engager dans un quelconque mouvement et de prendre la moindre position réellement concrète sur les luttes les plus immédiates – en faveur de slogans généraux et d’appels qui n’ont pas beaucoup d’application concrète.

L’USAGE DE LA PREUVE

De manière regrettable, beaucoup des affirmations faites par « K.B. » ne dérivent pas d’un engagement équilibré envers les preuves. Tandis que l’auteur est extrêmement sceptique sur les déclarations du PKK, il ou elle est beaucoup plus crédule quand les témoignages dépeignent le PKK sous une pauvre lumière. L’exemple le plus notable est l’assertion qu’Öcalan est un « violeur ». Un examen plus poussé des sources utilisées révèle seulement des liens vers un site web ultranationaliste turc hostile au PKK – et un livre attaquant Öcalan. Même si l’auteur de ce livre ne fournit aucune preuve à part ce qu’il admet être des « rumeurs » sans confirmation.

C’est honnêtement une manière malheureuse d’argumenter – en parcourant internet à la recherche d’affirmations infondées et diffamatoires provenant de sources douteuses et en les acceptant de manière non critique. Sur d’autres points, également, le rédacteur ou la rédactrice « K.B. » fait des déclarations qui n’ont pas de bases factuelles. Le PKK et ses structures alliées sont strictement présentés comme « ethno-différentialistes ». Le nationalisme est une idéologie tendant vers une unité multiclassiste et une société de classe : dans ces phases marxistes et maintenant confédéralistes démocratiques, le PKK ne rentra jamais vraiment dans ce moule.

Si le terme « ethno-nationaliste » est utilisé pour signifier que le PKK est strictement, exclusivement, kurde, cela ne collera pas non plus avec ce qui est en train de prendre place au Rojava. Le Rojava n’est pas seulement une question de libération des kurdes : « K.B. » cite même une déclaration du Forum des Anarchistes Kurdes (KAF en anglais), dans l’article lui-même, qui montre clairement que le Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem en kurde) au Rojava comporte l’implication de nombreuses personnes « avec des arrière-plans différents, y compris des kurdes, des arabes, des musulmans, des chrétiens, des assyriens et des yézidis »[2].

Ainsi, ce n’est en aucune manière le PKK étroit, et même xénophobe, que « K.B. » souhaite exposer –mais qu’en fait il présente sous un faux jour. Au contraire, cependant, Öcalan et d’autres militant-e-s du PKK[3] présentent le confédéralisme démocratique comme une part de la libération de tous les peuples du Moyen-Orient – et pas seulement les kurdes – et en sont venu-e-s à rejeter fortement le nationalisme lui-même.

METTANT DE COTÉ CERTAINS FAITS

L’auteur « K.B. » souhaite également présenter le PKK d’une manière ou d’une autre comme un mouvement « patriarcal » (c’est-à-dire dominé par les hommes). La preuve principale qui est donnée est le rôle prédominant des hommes dans les positions de direction. Mais il y a plus important dans la position d’un mouvement sur la libération des femmes qu’un décompte des têtes. Malgré le fait d’opérer dans un contexte dans lequel la subordination des femmes est activement promue par de nombreuses forces – et pas seulement par l’État Islamique – le PKK a néanmoins activement promu l’égalité pour les femmes dans ses forces armées, ses structures et son idéologie. Invoquer que la revendication pour la libération des femmes doive être portée par une sorte de mouvement des femmes « autonome » est abstrait, car un tel mouvement n’existe pas, et c’est aussi trompeur dans la mesure où la seule force qui est en train de combattre pour la libération des femmes au Rojava, c’est le PKK.

Le PKK fit œuvre de pionnier pour la libération des femmes au Kurdistan et c’est un fait que ces zones où le PKK n’a pas une présence majeure sont très patriarcales, tandis que celles où le PKK a une présence ne le sont pas. Il n’y a pas de coïncidence. C’est parce que le PKK voit la domination des femmes comme étroitement liée à d’autres formes d’exploitation et d’oppression et croit que la lutte contre l’oppression des femmes doit, par conséquent, être au cœur de toute lutte progressiste – dans ce cas pour la libération des kurdes et, finalement, des classes populaires du Moyen-Orient.

« K.B. » souligne ensuite que le PKK était à l’origine marxiste-léniniste, ou au moins influencé par cette approche dans les années 1970 et 1980. Cela peut effectivement être le cas, mais une question qui doit être posée c’est si c’est encore actuellement le cas. Les zapatistes venaient également d’une approche maoïste ; Michel Bakounine lui-même était à l’origine un nationaliste slave. Le passé n’est pas toujours un bon guide pour le présent, spécialement quand d’autres           aspects du passé sont ignorés.

Les gens et les organisations changent politiquement et ce n’est pas ce qu’ils et elles étaient qui est pertinent : c’est ce qu’ils et elles disent et font maintenant qui compte. Le PKK a également changé de nombreuses manières, cela aussi fait partie de son passé. Le PKK a critiqué son passé, essayant de changer sa politique et, dans ces critiques[4] ils sont parfois brutalement honnêtes à propos de leurs propres défauts passés. Cela est très prometteur et montre une maturité politique.

Combien de mouvements – y compris les anarchistes – réfléchissent honnêtement sur ce qui ne va pas ou n’allait pas avec eux et utilisent cela pour s’améliorer ? Ainsi, alors que le PKK n’était pas parfait, et ne l’est toujours pas, ils et elles ont réfléchi et changé – cela n’amène rien de montrer qu’ils et elles étaient marxistes-léninistes il y a trente ans, comme si rien n’avait changé.

DIFFÉRENCES DE MÉTHODES ENTRE LES DEUX LIGNES

C’est en invoquant une revendication en faveur d’un mouvement des femmes, nouveau et autonome, au Rojava que « K.B. » révèle une partie importante de sa méthodologie. Les situations ne sont pas approchées telles qu’elles sont par le ou la militant-e, elles sont approchées comme le ou la militant-e aimerait qu’elles soient, ce qui signifie habituellement un schéma complètement abstrait de revendications et de programmes. Ainsi, sans égard pour les résultats de l’actuel PKK, sans égard pour le contexte, sans égard même pour ce que les femmes font dans le PKK et au Rojava, il y a une réponse déjà prête : former un mouvement de type X. Cela ne colle pas avec les réalités complexes, et cela rend très difficile le fait d’accrocher cette réalité, quand toutes les réponses existent avant que tout accrochage n’ait lieu.

À un autre niveau, la méthodologie se révèle également elle-même : si quelque chose n’est pas purement anarchiste, c’est considéré au-delà du soutien. Le problème est que les plus grands mouvements aujourd’hui ne sont pas anarchistes, ou purement anarchistes. Dire que les anarchistes ne peuvent jamais travailler avec d’autres courants – nationalistes, marxistes-léninistes, progressistes etc. – signifie simplement que les anarchistes ne s’engageront avec personne, à part d’autres anarchistes.

Mais comme la plupart des gens ne sont pas – que nous le voulions ou non – anarchistes, cela signifie que les anarchistes s’isoleront eux-mêmes et qu’ils et elles le feront avec fierté. Cela ne résout pas, mais au contraire aggrave, l’isolement des anarchistes. Cela coupe les audiences et une potentielle influence anarchiste.

ALIGNEMENTS DANS DES BATAILLES CONCRÈTES

Un troisième problème est celui de prendre parti dans des batailles clés. Toutes les batailles ne requièrent pas que les anarchistes prennent parti, mais certaines oui.

Quelles que soient les limitations des forces qui menèrent la lutte anti-apartheid, par exemple, elles étaient progressistes comparées au régime de l’apartheid ; c’étaient des mouvements qui se battaient contre un système oppressif monstrueux et qui, malgré toutes leurs limites, étaient en ce sens infiniment préférables à ce système. Dans de tels combats, les anarchistes ne peuvent sûrement pas rester neutres, comme s’il n’y avait pas de différences du tout entre les forces d’opposition populaires, comme les syndicats et les mouvements issus des communautés, et le régime d’apartheid. Avoir suggéré autre chose aurait trahi un sérieux manque de perspective.

De même, considérerons la situation du PKK et de ses structures alliées : depuis le début, dans toutes ses incarnations, le PKK a combattu contre la sévère oppression nationale des kurdes en Irak, Iran, Syrie et Turquie. Les kurdes des classes populaires sont opprimé-e-s en tant que travailleurs-euses et paysan-ne-s, mais en tant que kurdes ils et elles font face à une oppression additionnelle. Le combat contre cette oppression est progressiste et est sûrement un combat important que tout-e anarchiste peut soutenir.

Cela ne signifie pas la possibilité d’encaisser des chèques en blanc pour le PKK ; cela signifie simplement que même si le PKK etc. était ethno-nationaliste, mais combattait pour la fin de l’oppression nationale, les anarchistes devraient et pourraient encore soutenir ce combat – de manière critique, bien sûr – simplement parce que les kurdes sont opprimé-e-s en tant que peuple et que les anarchistes s’opposent à toutes les formes d’oppression. Dans la mesure où le PKK est devenu plus proche de l’anarchisme, le terrain pour un soutien critique de ce dernier est plus étendu.

En fait, alors que nous ne pensons pas que les anarchistes doivent poser des conditions pour leur soutien à des luttes populaires pour la libération nationale, il faut également noter que le PKK a, en plus de son rejet du nationalisme, également rejeté l’État – en déclarant clairement que « l’État-nation ne peut jamais être une solution »[5] – et voit la libération des femmes comme étant irrévocablement liée à l’abolition de l’État.

Ces dimensions disparaissent complètement dans l’article de « K.B. » : le PKK émerge comme aussi scélérat et sinistre que n’importe quel autre régime ; c’est presque comme si l’« ethno-nationalisme » kurde est une invention, plutôt qu’une réponse – aussi problématique soit-elle – à l’oppression kurde. Et pour emmener les choses plus loin, l’auteur découvre ensuite dans le PKK seulement des défauts et rien qui soit digne de soutien.

SOUTIEN CRITIQUE (NON AVEUGLE)

Rien de cela ne signifie soutenir aveuglément le PKK. Nous ne sommes pas d’accord avec le purisme de l’article de « K.B. » mais nous n’allons pas à l’autre extrême, en liquidant notre politique. Nous sommes d’accord que les anarchistes ne devraient pas liquider notre politique derrière toute force non anarchiste – en devenant des meneurs-euses de ban et des soutiens aveugles, ou en taisant nos critiques ou en mettant la clé sous la porte de nos activités indépendantes. Toutefois, alors que « K.B. » cherche à faire cela en isolant les anarchistes des autres forces, nous cherchons à faire cela en s’engageant, en tant que courant indépendant, avec d’autres forces.

Cela signifie clarifier nos propres points de vue, pousser en avant notre propre projet et rechercher notre propre influence. Une telle influence ne peut provenir d’un isolement puriste, elle ne peut pas venir non plus d’un soutien inconditionnel liquidationniste. Cela entraîne un engagement critique : nous sommes avec le PKK et la révolution du Rojava contre les forces de l’État Islamique, de la Turquie et de l’impérialisme occidental, mais nous ne sommes pas non plus un auxiliaire du PKK.

Par conséquent, malgré nos désaccords avec la position de « K.B. », nous sommes en fait d’accord sur le fait qu’il y a des points qu’il ou elle soulève qui valent vraiment la peine d’être évoqués.

« K.B. » note qu’il y a des structures et des projets parallèles – et potentiellement rivaux – au Rojava et une contestation autour de celles et ceux-ci. D’après certains comptes-rendus – y compris un document qui forme basiquement la Constitution du Rojava[6] – il y a deux types de systèmes/structures en place basés sur ce qui semble être des idées divergentes qui courent concurremment. Une structure est un type de parlement représentatif avec quelque chose qui s’apparente à un cabinet ; l’autre étant une sorte de confédéralisme démocratique basé sur des assemblées, des conseils et des communes. Là apparaît également une possibilité de tension se levant entre ces deux types de systèmes allant aussi de l’avant, si le Rojava survit.

Ainsi il y a une faction dans la politique du Rojava, y compris dans la direction du Parti de l’Union Démocratique (PYD en kurde, le parti-frère du PKK en Syrie), qui veut ce qui équivaut à une structure d’État – plutôt que la vision plus radicale du PKK. En pratique ils et elles sont en train de mettre en œuvre une démocratie représentative basée sur un parlement, avec les droits humains de base, où un exécutif aura beaucoup de pouvoir, mais tactiquement ils et elles ne peuvent pas l’appeler un État car il apparaît que l’idée du confédéralisme démocratique est largement partagé en tant qu’idéal parmi de nombreux-ses kurdes.

Mais il est encore possible que le Rojava devienne un système basé sur le confédéralisme démocratique parce que les assemblées, les conseils et les communes existent (et parce que clairement il y a également des gens qui veulent cela). Donc il ne nous semble pas que nous devrions fermer nos yeux sur le fait que de telles tensions et des résultats possiblement conflictuels existent et existeront en tant que tels au sein de toute révolution. Qui gagnera la haute main si le Rojava survit est cependant une question ouverte et dépend de quelles forces prennent la main au cours du processus, si elles ne sont pas balayées par l’État Islamique ou les peshmergas (les unités armées du Gouvernement Régional du Kurdistan irakien).

CONCLUSION

Le meilleur résultat dans le monde serait une révolution anarchiste globale. Mais les puissantes forces requises n’existent pas actuellement ; et elles n’en viendront pas à exister si les anarchistes persistent à vouloir garder leurs mains trop propres, en échouant à s’engager dans les moments et mouvements réels du monde.

De manière plus réaliste, le meilleur résultat dans le monde réel du Rojava serait la victoire du confédéralisme démocratique, ouvrant des espaces pour des changements plus profonds et inspirant les rebelles ailleurs. Le second serait un État dirigé par le PYD, et le troisième meilleur serait une victoire du Gouvernement Régional du Kurdistan (KRG) qui est à la droite à la fois du PKK et du PYD. Le KRG est un État avec tous ses attributs (bien que non reconnu internationalement) et qui est corrompu et ouvertement autoritaire. À la pire extrémité du spectre il y aurait la victoire du dictateur syrien, Assad, et le pire résultat serait la victoire de l’État Islamique.

Il n’y a pas de réel challenger anarchiste dans cette bataille, et pas de perspectives pour un pôle d’attraction anarchiste tant que les anarchistes ne s’engagent pas avec des forces comme le PKK. Les anarchistes kurdes et turcs-ques se sont impliqué-e-s et, d’une manière plus modeste, des groupes liés au réseau Anarkismo.net l’ont fait aussi.

L’article de « K.B. » souffre du fait qu’il est écrit dans une sorte de vide. Il est écrit comme si une sorte d’anarchisme pur est la seule chose qui peut être soutenue ce qui – en prenant en considération le fait que toute société anarchiste est dans le meilleur des cas une perspective très distante et qu’elle devra être forgée et façonnée dans la réalité de la lutte et quelle peut différer de certaines manières par rapport à la vision idéale – est une vue séparée de la réalité. Ainsi l’article est écrit en étant basé sur ce qui existe dans la tête de l’auteur et non sur ce qui est en train d’arriver dans la réalité – qui est ce avec quoi nous devons nous confronter en tant qu’anarchistes et révolutionnaires sociaux si nous voulons que nous et nos idées suscitions le moindre intérêt dans les luttes populaires progressistes.

Dans les circonstances actuelles où l’État Islamique essaye d’envahir Kobanê, même si le confédéralisme démocratique est vaincu au Rojava de manière interne par des éléments du PYD et leur mise en œuvre d’un État, cet État (d’après ce que nous avons lu sur le PYD) sera meilleur que les autres options qui sont de réelles possibilités, étant soit l’État Islamique, soit Assad ou le KRG.

Si elle était appliquée, par exemple, à l’Afrique du Sud et à l’apartheid, la position sur le Rojava présenté par l’article de « K.B. » reviendrait à dire quelque chose comme « Nous ne soutenons pas l’UDF, le FOSATU, le COSATU[7] et définitivement pas l’ANC parce qu’ils ne sont pas anarchistes » et cela aurait revenu à dire « Qui s’en fout vraiment si l’État d’apartheid gagne parce qu’il n’y a pas de lutte pour l’anarchisme ».

La position présentée dans l’article est ainsi pleine de défauts et séparée de la réalité. Bien que cela puisse paraître radical sur le papier, sa faiblesse est qu’elle présuppose l’existence d’un sujet parfaitement libertaire et révolutionnaire et qu’elle conditionne tout soutien aux mouvements populaires sur cette non entité au lieu de reconnaître que la classe ouvrière actuellement existante – et ses mouvements – est pleine de contradictions et que les anarchistes ont besoin de la rencontrer où qu’elle soit si nos idées et pratiques doivent avoir le moindre intérêt.

La lutte pour la libération nationale des kurdes devrait être soutenue comme une question de principe car ils et elles sont un peuple opprimé et, même s’ils et elles n’accomplissent pas le confédéralisme démocratique, un État dirigé par le PYD serait encore un certain gain (comme 1994 le fut en Afrique du Sud[8]) parce que les autres résultats possibles sont horribles.

Naturellement, la lutte pour la libération kurde, si elle n’est pas accompagnée par une reconstruction massive de l’économie et de la vie sociale sur la base de l’autogestion des travailleurs et du contrôle communautaire, mènera à une situation de libération nationale et de genre incomplètes pour les masses kurdes si les inégalités économiques et sociales ne sont pas résolues en même temps que celles du pouvoir politique.

Une telle solution strictement politique (c’est-à-dire si les modèles parlementaires triomphaient sur le confédéralisme démocratique) pourrait donner naissance à une nouvelle élite kurde. Quelque chose qui peut être comparé à la transition démocratique qui s’est produite en Afrique du Sud en 1994 et, bien que pas idéal, cela constituerait une avancée massive pour la classe ouvrière kurde – juste comme cela a été pour la classe ouvrière sud-africaine.

Nous sommes d’accord avec « K.B » sur le fait que c’est précisément dans l’auto-activité des masses à la base et dans celle des femmes du PKK et de ses structures alliées que résident les aspects les plus prometteurs de la lutte en direction d’une libération complète. Toutefois, ce serait une erreur de rejeter ou de refuser un soutien à des organisations comme le PKK sur la base qu’elles sont imparfaites. Bien sûr qu’elles le sont. Ce n’est pas la question. La question est si les anarchistes s’alignent aux cotés – et essayent d’influencer – les mouvements et luttes dans l’actuel monde réel, comme une question de principe (parce que ces luttes sont justes), comme une question de politique pratique (parce que sans engagement, les anarchistes resteront isolé-e-s) et comme une question d’analyse (qui s’accroche aux situations, plutôt que de les marteler pour les faire entrer dans des schémas pré-établis).

C’est là que réside finalement la différence profonde entre les deux lignes – la nôtre et celle de « K.B. ». Nous rejetons les notions qui insistent sur le fait que les anarchistes ne doivent jamais soutenir des luttes de libération nationale – ou alors seulement sous certaines conditions – tandis que nous rendons également clair le fait que nous rejetons simultanément le nationalisme. Ce qui est nécessaire, par conséquent, pour assurer la pleine libération nationale et de classe des masses kurdes et pour se garder de l’ascension d’une élite kurde oppressive, qui s’opposerait à la pleine libération de la classe ouvrière kurde sous le déguisement d’étroits intérêts nationalistes, c’est une lutte centrée sur la classe ouvrière kurde – sur un programme de la classe ouvrière – contre l’oppression nationale, le capitalisme, l’État et l’oppression des femmes, simultanément. Le programme de confédéralisme démocratique du PKK, pour nous, représente des pas en avant vers un tel programme. Cela n’est pas suffisant mais c’est un début sur lequel nous pouvons nous engager.

En résumé, en appliquant notre approche générale, nous pouvons dire de la bataille pour le Rojava : nous soutenons la lutte pour la libération nationale des kurdes, y compris le droit d’exister pour le mouvement de libération nationale ; deuxièmement nous nous opposons à la répression et aux menaces mises en œuvre par des forces allant de l’État Islamique, à l’Irak, la Syrie, la Turquie et leurs alliés orientaux ; notre soutien va, sur une échelle mobile, vers les anarchistes et syndicalistes kurdes en haut, suivis par le PKK, ensuite le PYD et nous traçons une ligne face au KRG ; en termes pratiques, nous nous offrons une solidarité (même si elle est juste verbale) et coopérons autour d’une série de questions concrètes, la plus immédiate étant la bataille pour arrêter l’État Islamique d’extrême droite et défendre la révolution du Rojava ; au sein de cette révolution nous nous alignons au coté du modèle de confédéralisme démocratique du PKK contre l’approche plus étatique des modèles du PYD, et même lorsque nous faisons cela, avec en tout temps l’objectif de proposer nos méthodes, buts et projets et de les faire gagner en influence : nous sommes avec le PKK contre le KRG, mais nous sommes pour la révolution anarchiste avant tout.

[1] http://www.freemedialibrary.com/index.php/Declaration_of_Democratic_Confederalism_in_Kurdistan

[2] http://www.anarkismo.net/article/27301

[3] https://www.youtube.com/watch?v=pRsw5s28jxY

[4] http://www.pkkonline.com/en/index.php?sys=article&artID=204

[5] http://www.pkkonline.com/en/index.php?sys=articles Voir spécialement les articles sur “Democratic Modernity: Era of Woman’s Revolution”; “Killing the dominant male”; “Capitalism and Women”; “Women’s situation in the Kurdish society”; “The Nation-State Can Never Be a Solution”; “Briefly On Socialism”; ‘The Kurdistan Woman’s Liberation Movement’; and of course “Democratic Confereralism” .

[6] http://civiroglu.net/the-constitution-of-the-rojava-cantons/

[7] L’United Democratic Front était une organisation politique anti-apartheid crée en 1983 et issue de l’alliance d’environ 400 groupes et associations civiques, d’étudiant-e-s, de travailleurs-euses. La FOSATU était une organisation syndicale non-raciale et démocratique créée en 1979 et elle fusionna avec d’autres syndicats en 1985 pour créer le COSATU qui reste aujourd’hui la principale confédération syndicale d’Afrique du Sud et qui a participé activement à la lutte contre l’apartheid. Note Du Traducteur.

[8] C’est en 1994 qu’on lieu les premières élections inter-raciales en Afrique du Sud àprès la chute du régime d’Apartheid. NDT.

Rojava : 2 textes sur un débat toujours en cours.

Rojava : 2 textes sur un débat toujours en cours.

 

Voici deux textes traduits de l’anglais sur la situation au Rojava, le Kurdistan autonome syrien, et sur l’attitude que les anarchistes devraient avoir envers le mouvement populaire (pas uniquement kurde d’ailleurs) dans cette région.

Ces deux textes sont symptomatiques du débat parfois agité qui traverse le mouvement anarchiste sur la question de la révolution en cours au Rojava, et plus globalement sur les luttes de libération nationale.

Ils sont révélateurs des méfiances, des réticences, des distances récurrentes (et parfois des renoncements honteux) ou, au contraire, des rapprochements, des solidarités, des espoirs non moins récurrents (et parfois des vaines illusions) que ce type de lutte en général et cette révolution en particulier peut susciter dans nos milieux.

Nous laissons aux lecteurs et lectrices le soin de se faire leur propre opinion comme nous nous sommes faits la nôtre… pour orienter notre action.

Ces deux textes ont été traduits à la mi-novembre 2014 par un membre du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

Ces traductions sont librement diffusables.

 

Rojava : Une perspective anarcho-syndicaliste.

 

Une perspective anarcho-syndicaliste sur la situation politique au Rojava par un membre de la Workers’ Solidarity Alliance, un groupe anarcho-syndicaliste des USA. Publié sur le site anarchiste anglais « Libcom » le 3 novembre 2014 sous le titre « Rojava : an anarcho-syndicalist perspective » et visible ici en anglais : http://libcom.org/blog/rojava-anarcho-syndicalist-perspective-18102014

 

« Le principal problème de la lutte de libération nationale pour la forme d’organisation anarcho-syndicaliste anti-étatique est qu’elle est de manière inhérente étatique. Défendant une forme d’État plus locale, le mouvement de libération nationale s’incline devant l’idée que l’État est une institution désirable – pas seulement dans sa forme courante. En tant que tel il a l’imperfection fondamentale, s’il rencontre le succès, de générer un nouvel État – qui peut être ou pas « pire » que l’oppresseur actuel, mais qui sera néanmoins une mécanisme oppressif ».

Solidarity Federation

« Les anarchistes refusent de participer aux fronts de libération nationale ; ils participent à des fronts de classe qui peuvent être ou pas impliqués dans des luttes de libération nationale. La lutte doit se répandre pour établir des structures sociales, politiques et économiques dans les territoires libérés, basées sur des organisations libertaires et fédéralistes ».

Alfredo Maria Bonanno

Au moment où nous publions nous parviennent des informations selon lesquelles l’État Islamique (EIIL) a été presque complètement repoussé en dehors de la ville de Kobanê, le quartier général du Parti de l’Union Démocratique (PYD en kurde), le parti syrien affilié à l’Union des Communautés du Kurdistan (KCK en kurde), leur co-président Saleh Muslim appelant ces développements la libération de Kobanê.[1] Heureusement car de tels progrès dans la région favorisent le fait que les anarcho-syndicalistes et les partisans de la révolution sociale de toutes tendances puissent commencer à discuter objectivement la situation au Kurdistan Occidental sans le réflexe émotionnel envers une population assiégée, faisant face à un désastre humanitaire.

Les anarcho-syndicalistes ne devraient pas avoir d’illusions à propos de la Révolution du Rojava. Depuis le tournant du millénaire il y a eu des informations sur un tournant municipaliste libertaire dans la lutte de libération nationale kurde inspiré par Murray Bookchin. Ce changement politique a été mené par le fondateur emprisonné et le leader idéologique du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK en kurde), Abdullah Öcalan, qui découvrit Bookchin alors qu’il était en prison. Le PKK, une ancienne organisation maoïste/stalinienne, s’est tourné vers le nationalisme ethnique après la chute de l’Union Soviétique et le discrédit du « socialisme réellement existant » et ainsi un tel tournant a été favorablement accueilli par beaucoup au sein de la gauche révolutionnaire. Cependant de tels processus de transformation politique ne se traduisent pas automatiquement pas une pleine adhésion au sein d’une population quelque soit sa représentation officielle dans des partis dirigeants.

Après le début du soulèvement de masse syrien, et de la guerre civile qui en résulta, un vide du pouvoir fut créé où les forces d’Assad, chef tyrannique de l’État en Syrie, laissèrent le Kurdistan Occidental, connu sous le nom de Rojava, aux kurdes. Au début l’Armée Syrienne Libre (ASL), une force d’opposition soi-disant modérée liée à l’impérialisme occidental, attaqua les forces kurdes mais fut bientôt repoussée. Dans cette situation ouverte, le PYD et ses milices armées des Unités de Défense du Peuple (YPG en kurde) et des Unités de Défense des Femmes (YPJ) décida de mettre en œuvre sur le terrain son programme, depuis déjà longtemps mûri, d’autonomie démocratique et de confédéralisme démocratique.

Comme rapporté par le Forum Anarchiste Kurde (KAF en anglais), un groupe d’anarchistes kurdes pacifistes en exil, alors que le Printemps Arabe saisissait la Syrie, il y avait le développement d’un mouvement basiste de démocratie directe, créé par les travailleurs et le peuple au Rojava et appelé le Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem en kurde). Ce fut ce mouvement qui poussa pour la mise en œuvre de « ses plans et programmes sans autres délais avant que la situation ne devienne pire ». [2] Ce programme fut très étendu et il vaut mieux citer longuement le témoignage du KAF :

« Le programme du Tev-Dem était très fédérateur, et couvrait tous les sujets de société. Beaucoup de gens du peuple, venus de différents milieux – kurde, arabe, musulman, chrétien, assyrien et yézidi – s’y sont impliqués. Son premier travail a été de mettre sur pieds toute une série de groupes, de comités et de communes partout dans les rues, les quartiers, les villages, les cantons, les petites et les grandes villes.

Leur rôle a été de s’occuper de toutes les questions sociales : les problèmes des femmes, l’économie, l’environnement, l’éducation, la santé, l’entraide, les centres pour les familles des martyrs, le commerce et les affaires, les relations diplomatiques avec les pays étrangers et bien d’autres choses. Des groupes ont même été établis pour arbitrer les contentieux entre différentes personnes ou faction afin d’éviter que ces disputes n’aillent en cour à moins que ces groupes soient incapables de les résoudre.

Généralement, ces groupes se réunissent chaque semaine pour parler des problèmes auxquels les gens doivent faire face là où ils vivent. Ils ont leur propre représentant dans le conseil du village ou de la ville, nommé « maison du peuple ». […]

Ils croyaient que la révolution doit se faire depuis la base de la société et pas de haut en bas. Ce doit être une révolution aussi bien sociale, culturelle et éducative que politique. Elle doit être contre l’Etat, le pouvoir et l’autorité. Ce sont les gens dans les communautés qui doivent avoir les responsabilités décisionnelles finales. Ce sont les quatre principes du Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem) ».

À d’autres époques et endroits de tels mouvements d’assemblées démocratiques et de comités à la base de la société, ouverts au peuple, ont été connu collectivement sous le nom de Conseils Ouvriers. Si ces développements sont vrais, le Tev-Dem en était presque l’accomplissement.

Toutefois, de telles informations incluaient des comptes-rendus sur la création d’une assemblée constituante en tant que corps parlementaire législatif appelée Administration d’Auto-gouvernement démocratique. Comme New Compass, un collectif d’édition bookchiniste l’a rapporté :

« Tandis que dans de nombreuses zones la population kurde a déjà des décennies d’expérience avec les concepts de libération des femmes et de liberté sociale du mouvement kurde, ici aussi il y a bien sûr également des divergences. Certains souhaitent s’organiser dans des partis classiques plutôt que dans des conseils.

Le problème a été résolu au Rojava à travers une structure duale. D’un coté un parlement est choisi, pour lequel des élections libres sous supervision internationale doivent avoir lieu aussitôt que possible. Ce parlement forme une structure parallèle aux conseils ; il forme un gouvernement de transition dans lequel tous les partis politiques et les groupes sociaux sont représentés, tandis que le système des conseils forme une sorte de parlement parallèle. La structuration et les règles de cette collaboration sont pour le moment en discussion ». [3]

Ceci, parmi d’autres questions, met à nu la réalité de la situation politique au Rojava. Il n’est pas clair si l’établissement d’un tel appareil démocratique est une poussée de la part de certains éléments ou si c’est une partie et une parcelle du confédéralisme démocratique kurde. Avec les anarchistes le monde entier est en train de regarder vers ces développements comme une sorte de lueur libertaire dans la région. La question de l’État et de la forme de gouvernance qui est en train d’être établie doit continuer à être observée étroitement. Historiquement le programme socialiste libertaire a été pour le développement d’authentiques conseils de travailleurs et de comités comme ceux originellement mis en place par le Tev-Dem, et il y a eu d’amères combats contre l’établissement de projets d’États démocratiques parlementaires, avec des votes libres, où la participation est atomisée et le pouvoir réellement détenu par des pouvoirs exécutifs placés au dessus du peuple.

S’il y a un grand espoir pour des ouvertures libertaires dans la région, c’est l’existence des mouvements des femmes. La société kurde, comme la société mondiale dans son ensemble, a été une société profondément patriarcale au point qu’Öcalan, selon son propre aveu en 1992, est probablement un violeur, ce qui est particulièrement inquiétant concernant le culte de la personnalité développé autour de lui. [4] Bien que toujours attachées à ses enseignements, les femmes kurdes, du fait de leur propre expérience au cours des dernières décennies, ont commencé à s’organiser elles-mêmes de manière autonome. Des groupes comme le Mouvement des Femmes Libres (KJB en kurde) et l’Étoile des Unités des Femmes Libres (YJA Star en kurde) appellent à une solidarité mondiale entre les mouvements des femmes contre l’État-nation patriarcal. Comme Dilar Dirik, une activiste proche des YJA Star, le décrit dans son discours sur la formation d’un « État sans État » dans une vidéo qui a largement circulé, le mouvement des femmes kurdes, à travers son expérience du patriarcat dans le mouvement de libération nationale kurde et dans la société kurde en général, en est arrivé à la conclusion que former un nouvel État national ne devait plus faire partie du projet de libération kurde, car l’État national est de manière inhérente une institution patriarcale. Cependant, bien que de nombreux anarchistes soient d’accords avec cette analyse et sont sûrement en train d’hocher la tête, Dirik dit clairement que le mouvement n’est pas en ce moment en faveur de l’abolition générale de l’ État, mais en faveur d’organiser une autonomie démocratique malgré l’État. Comme anarcho-syndicalistes c’est notre devoir et non une critique de souligner que l’État syrien, aussi bien que le reste des États-nations qui encerclent le Rojava et qui existent dans le reste du Kurdistan, ne vont pas simplement disparaître avec le développement de leur projet pour une autonomie démocratique régionale. L’État doit être activement combattu et écrasé par les masses au sein de chaque nation et c’est la mission historique pour toutes les forces de libération révolutionnaires internationalistes.

En conclusion, le développement de la démocratie représentative sociale-démocrate, le passé nationaliste ethnique et patriarcal du PKK (Saleh Muslim, le leader du PYD, a laissé entendre qu’une guerre était nécessaire pour expulser les arabes de la zone [5]), la collaboration du PYD dans un trêve avec l’ASL et les islamistes [6], le service militaire depuis juillet [7], les différents éléments cherchant le soutien des USA et de la communauté internationale sont des raisons suffisantes pour être hésitant-e-s à mettre trop d’emphase sur la direction officielle. Les lueurs d’espoir là où elles existent sont dans la résistance et l’auto-activité des masses et des mouvements de femmes. Les processus sociaux de transformation sont compliqués et souvent les conflits et les dynamiques internes y règnent. Le programme politique mis en avant pourrait bien être décentralisateur avec de fortes potentialités vers la sociale-démocratie plutôt qu’anti-étatique et social révolutionnaire. Il y a également encore beaucoup de recherches qui doivent être faites sur l’économie et l’organisation industrielle et agraire. Cela n’empêche pas les anarchistes de défendre l’auto-défense des masses et de leurs propres organisations de lutte au Rojava contre l’État Islamique, les États locaux et l’impérialisme occidental mais nous devons faire attention de ne pas sauter en applaudissant la représentation officielle du mouvement kurde au travers de ses partis traditionnellement étatiques comme le PKK et le PYD.

Vive la lutte des masses travailleuses et des femmes libres.

Avec les opprimé-e-s contre les oppresseurs-euses, toujours !

K.B.

 

Sources:

[1] Les frappes aériennes ont été très très réussies. Très bientôt nous annoncerons au monde la libération de Kobanê ». Saleh Muslim. http://www.demokrathaber.net/dunya/salih-muslim-kobanideki-son-durumu-anlatti-h39595.html

[2] L’expérience du Kurdistan Occidental (Kurdistan syrien) a prouvé que le peuple peut changer les choses. En anglais : http://www.anarkismo.net/article/27301 et une traduction française ici : http://rojavasolidarite.noblogs.org/ (en date du 03/11/2014).

[3] Autonomie Démocratique au Kurdistan : http://new-compass.net/articles/revolution-rojava

[4] Dans un livre écrit par Öcalan en 1992 et intitulé « Cozumleme, Talimat ve Perspektifler » (Analyses, Ordres et Perspectives), il déclarait : « Ces filles mentionnées. Je ne sais pas. J’ai des relations avec des centaines d’entre elles. Je m’en fout de comment les gens le comprennent. Si j’ai été proche de certaines d’entre elles, comment cela aurait-il dû être ? (…) Sur ces sujets, elles laissent de coté toutes mesures réelles et trouvent quelqu’un et elles bavardent disant « on a essayé de me faire ceci ici » ou « cela m’a été fait là » ! Ces femmes sans honte veulent à la fois donner trop et ensuite développer de telles choses. Certaines des personnes mentionnées. Bonté divine ! Elles disent « nous en avons si besoin, cela serait très bon » et ensuite ce commérage est développé (…) Je le dis de nouveau ouvertement. C’est la sorte de guerrier que je suis. J’aime beaucoup les filles. Je les apprécie beaucoup. Je les aime toutes. J’essaie de transformer chaque fille en une amante, à un niveau incroyable, au point de la passion. J’essaie de les former depuis leur physique jusqu’à leur âme, jusqu’à leurs pensées. Je vois cela en moi pour poursuivre cette tâche. Je me définis moi-même ouvertement. Si vous me trouvez dangereux, ne vous approchez pas ! ».

[5] Le leader du PYD annonce une guerre avec les colons arabes dans les zones kurdes : http://rudaw.net/english/middleeast/syria/24112013

[6] Des détails sur le développement d’une alliance entre le PYD et l’Armée Syrienne Libre et des forces islamistes incluant une scission d’Al Qaïda en Syrie.

https://now.mmedia.me/lb/en/reportsfeatures/564212-fsa-fighting-alongside-kobane-kurds

http://www.ozgurgundem.com/index.php?haberID=118383&haberBaslik=YPG+ve+%C3%96SO+%27ortak+eylem+merkezi%27+kurdu&action=haber_detay&module=nuce

[7] La conscription commence dans les régions kurdes de Syrie, l’évasion autre part.

http://www.wri-irg.org/node/23519

Une réponse à l’article « Rojava : Une perspective anarcho-syndicaliste ».

 

Article envoyé par Hüseyin Civan, un membre de DAF (Devrimci Anarşist Faaliyet), un groupe anarchiste en Turquie et publié sur le site « Libcom ».

C’est une réponse à l’article « Rojava: An Anarcho-Syndicalist Perspective » écrit par un membre de la WSA (Workers Solidarity Alliance) et plus généralement c’est une réponse aux critiques concernant la participation active de DAF à la lutte au Rojava.

Le texte original en anglais peut être trouvé ici : http://libcom.org/library/response-article-rojava-anarcho-syndicalist-perspective

 

Les effets des révolutions sociales ne sont pas limités par le seul effet de la lutte contre les pouvoirs politiques et économiques dans la région géographique où la révolution se produit. Il est important de voir leur effet sur différentes autres régions avec les changements intellectuels et pratiques que cet effet amène. Parlant de la résistance à Kobanê, la révolution du Rojava est plus importante maintenant pour voir cet effet plus clairement.

La réaction et l’attaque de l’État et du capitalisme contre ce qui est en train de se passer au Rojava sont attendues en ce moment. Toutefois, nous devons tourner nos visages vers les débats internes au sein de l’opposition sociale en même temps. Il est nécessaire de souligner que de tels débats sont une ressource importante pour la compréhension de ce qu’est l’effet du Rojava.

Depuis le début de ce processus, les attitudes des camarades anarchistes envers la compréhension du Rojava et le soutien à la résistance ont été très importantes pour se remémorer la solidarité internationale, que nous n’avons pas l’habitude de voir d’une manière si organisée. De nouveau nous avons fait l’expérience que la solidarité est notre plus grande arme.

Cette forme de solidarité qui a été créée entre les anarchistes a inévitablement fait de la résistance à Kobanê un gros titre parmi les anarchistes tout autour du monde.

L’article « Rojava: Une perspective anarcho-syndicaliste » qui a été publié sur plusieurs sites différents est un des reflets de ce gros titre. Cette évaluation de l’article est spécialement destinée à corriger l’information à propos de la Révolution du Rojava et de la Résistance de Kobanê, au lieu de souligner les aspects positifs et négatifs de l’article et de faire une simple critique.

En considérant les différents commentaires qui peuvent se former et les différentes perspectives d’organisations anarchistes dans différentes régions géographiques ; j’ai centré la critique de l’article sur le sujet d’une évaluation incomplète de la lutte kurde pour la liberté et de la Révolution du Rojava. La critique politique contre une communauté qui est prise dans une lutte à la vie à la mort sous des conditions de guerre ne peut être faite en ignorant cette condition. Encore plus si la dite critique a certains préjugés et a été formée avec des généralisations tranchantes. Et bien sûr si un énorme mouvement populaire est évalué d’une manière dégradante…

Tout d’abord il est nécessaire de déclarer que former une relation de solidarité avec la Révolution du Rojava et la Résistance de Kobanê n’est pas une relation émotionnelle, au contraire de ce que les camarades prétendent dans « Une perspective anarcho-syndicaliste ». Parce que les organisations anarchistes ne basent pas leurs relations de solidarité sur la « sympathie ». Ces relations se forment principalement en prenant en considération une perspective politique et des stratégies planifiées pour réaliser cette perspective. Par conséquent, la solidarité et le soutien à une lutte ne sont pas loin de l’objectivité.

Dans différentes parties de l’article, la critique du PKK est censée être basée sur l’histoire du parti politique – et avec des critiques telles qu’une mise en œuvre imparfaite de la « municipalité libertaire », un état incomplet de transformation sociale et des racines nationalistes ; la condition et la perspective actuelle du Mouvement kurde est laissée sous le préjugé. En faisant tout cela le préjugé est basé sur une information incomplète, consciemment ou inconsciemment. Personne ne prétend que le Mouvement kurde pour la liberté est un mouvement anarchiste. Par conséquent, les pratiques qui sont proclamées imparfaites ou ayant des défauts devraient être évaluée en prenant en considération ce fait. D’un autre coté, un mouvement populaire qui apprécie autant la « critique de l’État et du capitalisme » ne peut être négligé par les anarchistes. Cette question ne peut être uniquement liée au « municipalisme libertaire » bookchiniste. Le mouvement a référencé de nombreux camarades différents, depuis Bakounine à Kropotkine, dans ses relations théoriques avec l’anarchisme et peut interpréter le problème de l’État avec une large perspective. Par ailleurs, réaliser cette idée mène à une pratique qui est très libertaire et non-centralisée. Je pense que ce point est très important. Cette information est basée non sur des citations tirées d’articles et de livres mais sur une observation mutuelle d’organisations politiques qui partagent un terrain de lutte commun.

La condition du Rojava n’est pas telle parce qu’Assad a quitté la région ou à cause de ses prétendus arrangements avec les pouvoirs globaux. La grande transformation sociale qui s’est produite au Rojava il y a deux ans et demi est intervenue dans une conjoncture où l’activité politique forçait le Moyen-Orient à choisir la gouvernance d’un des deux coté opposé (laïcs supporteurs de coups d’État/conservateurs démocrates). Le peuple du Rojava, lorsque le « printemps » se transforma en hiver dans la région du Moyen-Orient, ne se retrouva pas dans ces deux cotés et créa sa propre solution.

Alors que la vie a été reconstruite au Rojava, la structure non-centralisée des mécanismes sociaux qui ont été créé, l’emphase insistante sur l’absence d’État, l’organisation de relations de production-consommation-distribution d’une manière aussi éloignée que possible du capitalisme, l’auto-organisation comme garantie du processus social, les communes dans trois différents cantons façonnant leur fonctionnement avec des processus de décision indépendants sont indéniablement importantes à cette époque. Plus spécialement, comment un anarchiste peut-il nier le fait que ce processus est une expérience prometteuse pour la multiplication d’exemples similaires dans différentes régions géographiques ?

Répétons pour les camarades qui persistent à ne pas comprendre. Ceci n’est pas un effort pour prétendre que c’est un processus anarchiste. Cependant les caractéristiques anarchistes du processus au Rojava feront plaisir aux anarchistes qui luttent pour une révolution sociale. Ce plaisir est loin du romantisme qui est critiqué dans l’article, il s’agit de comprendre que nos buts politiques et nos stratégies sont applicables dans un tel système, à une telle époque.

Personne ne peut prétendre que les pratiques d’un peuple sans État sont négatives pour les anarchistes qui luttent pour une révolution sociale. De telles pratiques dans différentes régions géographiques peuvent se développer dans leurs conditions authentiques Prétendre que ces luttes authentiques ne sont pas adéquates avec les principes anarchistes et réduire leur importance, c’est exhiber une compréhension de l’anarchisme qui repose sur une arrogance théorique manquant de pratique. Une autre chose dans l’article qui vaut d’être soulignée, c’est l’authenticité de ses références. Il est intéressant de référencer les expressions d’un groupe en ligne juste parce qu’ils ont les mots Kurdistan et anarchistes dans leur nom. Ce n’est pas à propos du fait que les expressions des camarades soient vraies ou fausses. Le fait politique que le groupe base ses expressions là dessus est une question problématique, alors qu’il ne montre aucune activité politique dans la région du Kurdistan tandis qu’il critique théoriquement le Mouvement kurde pour la liberté à un niveau pratique.

Tandis que le mouvement des femmes au Kurdistan est directement relié avec le mouvement pour la liberté, des commentaires qui prétendent que le mouvement des femmes est à part de cette entièreté, ou même contre elle, altèrent l’information. C’est un défaut de logique de critiquer le mouvement comme patriarcal alors qu’on met l’emphase sur l’importance du mouvement des femmes dans la lutte. Qui plus est, le défaut de logique continue lorsqu’on prétend qu’Öcalan est un violeur en confirmant cela avec des citations provenant de sites web étatiques de contre-propagande. Un autre exemple de références est à propos des « kurdes voulant une guerre pour expulser les arabes ». Quand vous prélevez une cerise dans un discours sans prendre en compte son contexte, vous pouvez l’utiliser pour soutenir un contexte à vous. Il est clair que le sujet de l’information référencée est à propos des colons manœuvré-e-s par Assad pour changer la structure démographique de la région en vue de ses objectifs d’assimilation. Comme les colons israélien-ne-s.

On peut inventer des causes quand on essaye d’être sur-méfiant-e. Toutefois, il est important de questionner la relation entre ces causes et les faits actuels. C’est une erreur d’essayer de définir le Mouvement kurde pour la liberté comme un mouvement nationaliste. Cette définition et les autres négligent la transformation du mouvement et prétendent que l’ancienne structure politique de celui-ci continue. Une perspective qui n’a pas de connaissances des pratiques de processus et a seulement des articles critiques comme source d’information est extrêmement problématique. Parce qu’une part massive de ces critiques sont formulées par des mentalités étatiques et leurs extensions. Une critique saine peut être faite en observant et en faisant l’expérience des pratiques politiques. Toute critique qui manque d’une vision géographique régionale et de caractère pratique porte en elle le danger de tomber dans l’orientalisme.

Nous parlions auparavant à propos du processus au Rojava et du fait que le mouvement n’est pas anarchiste. Une autre chose qui manque c’est l’évaluation de la lutte pour la liberté du peuple kurde à part du fait qu’ils et elles ont lutté pendant des siècles dans la région mésopotamienne. Celles et ceux qui se détournent de la vérité par correction idéologique et dévalue une lutte populaire de plusieurs siècles trahissent leurs responsabilités révolutionnaires et devraient faire attention au front sur lequel ils et elles sont en train de se placer.

Percevoir les classes dans une vision superficielle et essayer d’interpréter les luttes sociales juste comme des luttes économiques, c’est créer une hiérarchie entre les luttes des opprimé-e-s. Un point de vue anarchiste qui limite les opprimé-e-s aux travailleurs-euses et néglige les autres relations de pouvoir contredit l’histoire du mouvement anarchiste. L’histoire révolutionnaire de l’anarchisme est pleine des luttes économiques, politiques et sociales des opprimé-e-s. Négliger l’effet du mouvement sur les mouvements populaires pour la liberté depuis l’Europe jusqu’à l’Extrême Orient asiatique à différents siècles, exclure l’apport pratique de cet effet aux luttes de classes en Amérique du Sud c’est ignorer la structure intégrée du mouvement anarchiste.

Nous ne sommes pas des diseurs-euses de bonne aventure. Nous ne pouvons pas savoir ce qui arrivera au Rojava dans un mois ou un an. Nous ne pouvons pas savoir si cette transformation sociale, qui ne nous donne pas seulement de l’espoir en tant que révolutionnaires qui luttent dans une région géographique proche mais qui nourrit également notre combat dans la région où nous luttons, ira vers un futur positif ou négatif. Mais nous sommes des anarchistes révolutionnaires. Nous ne pouvons pas seulement nous asseoir de coté, regarder ce qui se passe et commenter, nous prenons part aux luttes sociales et agissons pour une révolution anarchiste.

Vive la Révolution du Rojava !

Vive la Résistance de Kobanê !

Vive l’Anarchisme Révolutionnaire !

Hüseyin Civan

(de l’organisation anarchiste turc DAF)

Questions à propos de la campagne « Des armes pour Rojava » en Allemagne

Présentation :

Début octobre plusieurs groupes allemands ont lancé dans ce pays une campagne de solidarité avec la résistance armée au Kurdistan syrien (appelé Rojava) intitulée « Waffen Fur Rojava » (Des Armes Pour le Rojava).

Il s’agit de collecter de l’argent pour soutenir l’effort militaire des Unités de Défense du Peuple (YPG) et des Unités de Défense des Femmes (YPJ), liées au parti PYD en Syrie.

Les YPG et YPJ font face depuis début septembre à une offensive majeure du dénommé « État Islamique » dont la barbarie des objectifs et des méthodes n’est plus à démontrer. Les combats se sont pour l’instant surtout déroulés autour de (et dans) la ville de Kobanê au Kurdistan syrien et autour des monts Sinjar dans le Kurdistan irakien.

Les YPG et YPJ n’ont pour l’instant reçu qu’une aide militaire très ponctuelle et limitée de la part de la coalition internationale impérialiste qui voit d’un très mauvais œil la révolution démocratique en cours au Kurdistan syrien.

La résistance au Kurdistan syrien doit donc compter essentiellement sur elle-même et sur la solidarité internationale de la diaspora kurde et des forces progressistes, révolutionnaires et anti-impérialistes.

Les camarades allemands impliqué-e-s dans la campagne « Waffen Fur Rojava «  ont créé une page facebook (en allemand) visible ici : https://www.facebook.com/WaffenFuerRojava

Ils-elles ont ouvert un compte bancaire pour collecter l’argent depuis l’Allemagne ou d’autres pays. En voici les coordonnées :

Destinataire : MD

IBAN: DE98 5005 0201 1243 1674 49

BIC: HELADEF1822

Cette initiative a déjà été relayée en Suède où une campagne similaire a été lancée avec une page facebook (en suédois) visible ici : https://www.facebook.com/vapenrojava. La campagne commence également à être relayée en Hollande, Espagne, Grèce…

Les sommes collectées à la mi-novembre 2014 s’élèvent à environ 60 000 euros dont une première tranche de 35 000 euros a déjà été reversée au Commandement Général des YPG/YPJ. Celui-ci a remis aux organisateurs-rices de la campagne un reçu en bonne et due forme, rédigé en allemand, et qui est visible sur la page facebook de la campagne en date du 25 octobre.

Nous avons trouvé sur la page facebook de la campagne une interview en anglais postée le 12 octobre présentant les objectifs de celle-ci. Nous l’avons donc traduite en français afin d’aider à faire connaître cette initiative dans les zones francophones où elle est pour l’instant très peu connue.

Cette traduction est évidemment librement utilisable et diffusable.

Salutations libertaires.

 

– 8 Questions à propos de la campagne « Des armes pour Rojava » en Allemagne.

  1. Pourquoi avez-vous décidé de lancer une campagne pour collecter de l’argent pour les YPG ?

Les fascistes du dénommé « État Islamique » (EI) ont commencé leurs massacres au Moyen-Orient il y a plusieurs mois. Plusieurs milliers de personnes ont déjà été tuées. Ni le gouvernement central d’Irak ni les peshmergas, les troupes du clan Barzani, n’ont eu la volonté ou la capacité de les arrêter. L’armée du PYD, les milices de défense du peuple, YPG et YPJ, en coopération avec le PKK, furent les seules qui aidèrent les Yézidis à s’échapper. Maintenant l’EI veut éliminer les régions autonomes administrées par les kurdes en Syrie, connues sous le nom de Rojava. Le caractère spécial de cette région autonome est que sa société est construite sur un système d’auto-gouvernement, d’égalité des droits pour les gens des différentes convictions, religions, nationalités et genres. De ce fait elle est probablement la force la plus progressiste de la région. Les pays impérialistes ne sont pas en faveur de défendre cette région et sa population. La Turquie, leur alliée, a fermé la frontière et presque aucune arme ne parvient à l’armée des YPG/YPJ. En tant que révolutionnaires, en tant qu’internationalistes, nous avons décidé de soutenir la milice du Rojava, dans l’espoir de prévenir le massacre d’une population entière. Nous savons que c’est seulement une très petite contribution au combat contre les fascistes et nous sommes conscient-e-s de la nécessité d’organiser le combat contre le système impérialiste qui les a élevé.

  1. Quelles sont les organisations impliquées ?

La campagne a été lancée la semaine dernière par la Nouvelle Organisation Anticapitaliste, l’Action Révolutionnaire Antifasciste de Berlin et également par un groupe dénommé « Perspektive Kurdistan ». Dans les derniers jours plusieurs groupes de tous les horizons de la gauche ont offert leur soutien à la campagne. Les questions à propos de la possibilité de contribuer arrivent toutes les dix minutes. Ce n’est pas facile de garder une vue d’ensemble mais nous sommes submergé par la résonance absolument positive de ce projet ! Le lundi 13 octobre nous lancerons officiellement la campagne avec une conférence de presse, jusqu’à maintenant cela se répand seulement via facebook. Au cours de la semaine prochaine nous consoliderons nos ressources pour élargir la campagne et voir comment nous pouvons impliquer tous les soutiens. Nous avons des capacités limitées mais le surprenant succès de la campagne nous motive à travailler pour elle à 150% !

  1. Quelles sont jusqu’ici les réponses en termes généraux ?

Nous recevons des réponses positives et enthousiastes de toute l’Europe ! Pas seulement de groupes politiques de toutes les tailles mais également de la part de nombreux individus qui disent que cette campagne est un grand pas en avant et que c’est ce dont nous avons besoin ! Nous regrettons que les grands partis de la gauche réformiste et les syndicats restent muets jusqu’ici. Nous appelons quiconque se définissant comme un-e progressiste, un-e internationaliste, un-e socialiste à soutenir cette campagne et à se lever contre une intervention impérialiste au Moyen-Orient.

  1. Combien d’argent avez-vous déjà collecté ?

Nous avons collecté environ 23 000 euros ces cinq derniers jours.

  1. Comment collectez-vous l’argent ?

Nous avons commencé la campagne sur facebook et nous y avons principalement diffusé l’appel et le numéro de compte bancaire. Nous avons également imprimé des affiches, des autocollants et des tracts et nous les avons distribué. Beaucoup de gens en Allemagne demandent du matériel, nous essayons de leur envoyer aussi vite que possible. Il y a aussi des groupes et individus qui ne veulent pas envoyer d’argent depuis leur propre compte bancaire, ils-elles nous donnent l’argent en face à face lors des manifestations ou d’autres évènements. Ce jeudi nous avons organisé un évènement avec des témoins oculaires qui venaient du Rojava. Plus de 300 personnes étaient dans l’auditorium et nous avons collecté là-bas environ 900€.

  1. Y a-t-il des problèmes légaux qui se posent en Allemagne lorsqu’on collecte de l’argent pour les YPG ?

Pourquoi devrait-il y avoir des problèmes légaux concernant la collecte d’argent pour une organisation légale ? Le PYD n’est pas interdit en Allemagne. C’est un parti légalement enregistré et il est donc absolument légal de collecter de l’argent pour eux-elles.

  1. Allez-vous essayer de rendre la campagne internationale ?

Ce n’est déjà plus une question qui dépend de nous parce que nous avons beaucoup de dons en provenance de pays étrangers comme la Suède, la Norvège et l’Autriche. La Nouvelle Organisation Anticapitaliste obtient de plus en plus d’attention internationale depuis le début de notre campagne et nous essayons d’être en contact avec toute structure qui veut nous soutenir. Mais, une nouvelle fois, nous ne sommes pas capables de l’organiser entièrement par nous-mêmes à cause de nos capacités limitées. Nous sommes très reconnaissant-e-s mais nous dépendons aussi de l’auto-initiative !

  1. Avez-vous un message pour les mouvements de gauche et pour les soutiens de la lutte du Rojava dans d’autres pays ?

Rejoignez notre campagne, faites la connaître dans tous les recoins de vos structures pour soutenir la lutte de nos camarades kurdes ! Ne soyez pas effrayés par tous les nationalistes, fascistes et autres réactionnaires qui essayent de nous freiner. C’est maintenant l’heure pour la solidarité internationale, le temps de la révolution est arrivé !

Biji berxwedane Rojava ! Longue vie à la résistance du Rojava !

Contre la terreur de l’État et la religion. Liberté pour les peuples

Fédération anarchiste (FA)
relations-internationales@federation-anarchiste.org
http://federation-anarchiste.org
Internationale des Fédérations anarchistes (IFA-IAF) –
secretariat@i-f-a.org
http://i-f-a.org

Contre la terreur de l’État et la religion. Liberté pour les peuples.
IFA2, l’État islamique (Isis) a attaqué la ville de Kobane, à proximité des frontières de la Turquie, et la population est aujourd’hui confrontée à la brutalité de cette force autoritaire / obscurantiste.

Le Kurdistan, ainsi que d’autres régions, est touché par la violence de l’État islamique (ISIS). La résistance du peuple est admirable. Ce sont les véritables forces de progrès. Il est, en effet, rien à attendre des jeux militaires des États-Unis, de l’Union européenne et des puissances régionales. Les différents États concernés utilisent la région comme un champ de bataille pour leur propre stratégie et de vendre leurs armes.

Le rôle du gouvernement religieux de la Turquie est crucial dans la région. Il empêche, par la violence, le flux des familles de réfugiés, alors qu’il laisse passer les combattants islamistes en Syrie. Il est donc clair que le gouvernement turc est en guerre contre le peuple kurde.

Dans les régions kurdes, en dépit de la guerre, a été proclamée une révolution « démocratique » avec une forme de « confédéralisme démocratique ». Tout cela nous encourage à poursuivre notre travail et notre soutien au peuple du Kurdistan, et d’ailleurs, en lutte contre la barbarie religieuse et contre l’oppression étatique. De cette position, nous sommes contre toute intervention militaire de puissances régionales ou mondiales. Nous savons que toute intervention étatique agira contre les transformations sociales en cours.

Les femmes sont fortement investies dans tous les aspects de la société et dans les groupes de résistance. C’est une révolution des femmes contre le machisme et la société féodale et c’est probablement l’un des aspects les plus importants de ces événements.

Les anarchistes en Turquie fournissent une assistance aux réfugiés et à celles et ceux qui combattent l’avancée de l’État islamique. Nous appelons toutes les organisations anarchistes à organiser des manifestations de soutien devant les ambassades, dans la rue, dans tous les endroits possibles ; à diffuser l’information et à construire un soutien direct avec les organisations anarchistes en Turquie, au Kurdistan et ailleurs, qui se battent contre la barbarie religieuse et l’oppression étatique.

Pour l’émancipation des peuples.
Solidarité internationale.

CRIFA – Internationale des Fédérations Anarchistes. Rome 4-5 Octobre 2014

L’expérience de l’Ouest du Kurdistan (Kurdistan syrien) a prouvé que les gens peuvent changer les choses

L’expérience de l’Ouest du Kurdistan (Kurdistan syrien) a prouvé que les gens peuvent changer les choses – Zaher Baher

Un rapport intéressant par Zaher Baher, membre du groupe de solidarité de Haringey (Londres) et du Forum anarchiste du Kurdistan Forum, qui a passé deux semaines dans le Kurdistan syrien, en regardant les expériences d’autonomie de la région dans le contexte de la guerre civile syrienne et de la montée de l’État Islamique.

Ce que vous lirez ci-dessous est l’expérience de ma visite, pendant deux semaines, en mai de cette année, 2014, au Nord-Est de la Syrie ou Kurdistan syrien (Ouest du Kurdistan) avec un ami.

Tout au long de notre visite, nous avons eu la liberté totale et la possibilité de voir et de parler à qui nous voulions. Cela comprend des femmes, des hommes, des jeunes et des partis politiques. Il y a plus de 20 partis politiques, des kurdes aux chrétiens, dont certains sont dans « l’auto-administration démocratique » (DSA) ou « l’autogestion démocratique » (DSM) de la région d’Al Jazera. Al Jazera est l’une des trois régions (cantons) de l’Ouest du Kurdistan. Nous avons également rencontré des partis politiques kurdes et chrétiens qui ne sont pas dans la DSA ou DSM. En outre, nous avons rencontré les gens de la « l’autogestion démocratique » (DSM), des membres des différents comités, des groupes locaux et des communes ainsi que des hommes d’affaires, commerçants, travailleurs, personnes sur le marché et des gens de la rue.

L’arrière-plan

Le Kurdistan est un pays d’environ 40 millions de personnes qui a été divisé entre l’Irak, la Syrie, l’Iran et la Turquie après la Première Guerre mondiale. Historiquement, les Kurdes ont subi les massacres et le génocide de la part de régimes successifs, en particulier en Irak et enTurquie. Depuis lors, ils n’ont cessé de souffrir et d’être opprimés dans les mains des gouvernements centraux des pays auxquels le Kurdistan a été annexé. Au Kurdistan irakien, sous le régime de Saddam Hussein, les Kurdes ont subi des attaques d’armes chimiques dans le cadre de l’opération « Anfal »[1]. En Turquie, jusqu’à récemment, les Kurdes n’avaient même pas le droit de parler dans leur propre langue. Historiquement, ils ont été reconnus comme des Turcs vivant dans les montagnes (une référence à la région du Kurdistan où il y a beaucoup de montagnes). En Syrie, la situation des Kurdes était un peu meilleure qu’en Turquie. En Iran, ils ont certains droits fondamentaux et sont reconnus comme formant une nation différente des Perses mais n’ont aucune autonomie.

Après la première guerre du Golfe en 1991, le peuple kurde en Irak a réussi à mettre en place son propre gouvernement régional, le gouvernement régional du Kurdistan (KRG). Après l’invasion et l’occupation de l’Irak en 2003, le peuple kurde en a profité pour renforcer son pouvoir local. Ils ont réussi à obtenir le droit d’avoir leur propre administration autonome, leur budget, leurs parlements et leur armée. Tous ont été reconnus par le gouvernement central irakien et, dans une certaine mesure, sont pris en charge par le gouvernement central. Cela a encouragé et a eu un impact positif sur les autres parties du Kurdistan, en particulier en Turquie et en Syrie.

Dans la même année de l’invasion de l’Irak (2003), le peuple kurde en Syrie a créé son propre parti, le Parti de l’Union démocratique (PYD) ; mais il y avait déjà un certain nombre d’autres partis et organisations qui existaient dans la région kurde. Certains d’entre eux sont si vieux qu’ils remontent aux années 1960, mais ils étaient inefficaces par rapport au PYD qui s’est développé rapidement parmi le peuple kurde.

Le printemps arabe

Le printemps arabe a atteint la Syrie au début de 2011 et, après un court laps de temps, s’est propagé aux régions du Kurdistan / cantons syriens : Al Jazera, Kobany et Afrin. La protestation, parmi le peuple kurde dans ces trois cantons, était très forte et efficace. Cela a, dans une certaine mesure, provoqué le retrait de l’armée syrienne dans les cantons kurdes, en dehors de quelques zones d’Al Jazera, comme je vais l’expliquer plus loin.

Dans le même temps, les gens là-bas, avec le soutien du PYD et du PKK, ont formé le « Tev-Dam » (le Mouvement de la Société de la démocratie). Ce mouvement est rapidement devenu très fort et populaire parmi la population de la région. Une fois que l’armée syrienne et l’administration se sont retirées, la situation est devenue très chaotique (je vais vous expliquer pourquoi). Cela a forcé le Tev-Dam à mettre en œuvre ses plans et programmes sans plus tarder avant que la situation n’empire.

Le programme du Tev-Dam était très inclusif et abordait chaque question de la société. Beaucoup de gens issus du peuple et venant de milieux différents, kurde, arabe, musulman, chrétien, assyrien et Yézidis (une minorité du nord-ouest de l’Irak) ont été impliqués. La première tâche a été de créer partout toutes sortes de groupes, de comités et de communes dans les rues des quartiers, des villages, des comtés et des villes petites et grandes. Le rôle de ces groupes était de gérer tous les problèmes de la société. Les groupes ont été mis en place pour examiner un certain nombre de questions, notamment : les femmes, l’économie, l’environnement, l’éducation, la santé et les soins, le soutien et la solidarité, les centres pour les familles de martyrs, le commerce et les affaires, les relations diplomatiques avec les pays étrangers etc. Il y a même eu des groupes mis en place pour régler les différends entre des personnes de différentes factions ou pour essayer d’éviter que ces conflits aillent au tribunal, sauf si ces groupes étaient incapables de les résoudre.

Ces groupes ont généralement leur propre réunion chaque semaine pour parler des problèmes que les gens rencontrent là où ils vivent. Ils ont leur propre représentant dans le groupe principal dans les villages ou les villes appelé la « Maison du Peuple ».

Le Tev-Dam, à mon avis, est le succès le plus important dans cette société et pourrait réaliser toutes les tâches qu’ils lui ont fixé. Je crois que les raisons de son succès sont les suivantes :

– 1. La volonté, la détermination et l’énergie des gens qui croient qu’ils peuvent changer les choses.

– 2. La majorité des gens croient au travail volontaire à tous les niveaux afin d’assurer la réussite de cette l’expérience.

– 3. Ils ont mis en place une armée de défense composée de trois parties différentes : Unités de défense du peuple (PDU), Unités de défense de femmes (WDU) et la « Asaish » (une force mixte d’hommes et de femmes qui existe dans les villes et à tous les points de contrôle en dehors des villes pour protéger les civils contre toute menace externe). En plus de ces forces, il y a une unité spéciale pour les femmes seulement, pour traiter des questions de viol et de violence domestique.

De ce que j’ai vu, le Kurdistan syrien a pris un itinéraire différent (et, à mon avis, le bon) des « printemps arabes » et les deux ne peuvent pas être comparés. Il y a de grandes différences entre eux.

– 1. Ce qui s’est passé dans les pays qui faisaient partie des « printemps arabes » étaient de grands événements et beaucoup ont chassé la tyrannie de ces pays. Le « printemps arabe », dans le cas de l’Égypte, a produit un État islamique puis une dictature militaire. D’autres pays n’ont guère fait mieux. Cela montre que les peuples sont puissants et peuvent être les héros de l’histoire à un moment donné, mais qu’ils n’étaient pas en mesure de réaliser ce qu’ils voulaient dans le long terme. C’est l’une des principales différences entre le « printemps arabe » et le « printemps kurde » dans le Kurdistan syrien où ce dernier pourrait obtenir ce qu’ils voulaient à long terme – ou, du moins, jusqu’à présent.

– 2. Au Kurdistan syrien, les gens étaient prêts et savaient ce qu’ils voulaient. Ils pensaient que la révolution doit commencer par le bas de la société et non par le haut. Cela doit être une révolution sociale, culturelle et éducative aussi bien que politique. Elle doit être contre l’État, le pouvoir et l’autorité. Il doit y avoir des gens dans les communautés qui ont des responsabilités dans la prise de décision finale. Ce sont les quatre principes du « Mouvement de la Société Démocratie » (Tev-Dam). Nous devons reconnaître le mérite de quiconque est derrière ces grandes idées et les efforts déployés pour les mettre en pratique, que ce soit Abdulla Öcalan et ses camarades ou quelqu’un d’autre. En outre, la population au Kurdistan syrien a mis en place de nombreux groupes locaux sous des noms différents pour réaliser leurs activités révolutionnaires. Dans les autres pays des « printemps arabes », les gens n’étaient pas préparés et savaient seulement qu’ils voulaient se débarrasser de l’actuel gouvernement, mais pas du système. En outre, la grande majorité des gens pensaient que la révolution se faisait par le haut. La mise en place de groupes locaux n’a été réalisée que par une infime minorité d’anarchistes et de libertaires.

L’auto-administration démocratique (DSA)

Après beaucoup de dur travail, de discussions et de réflexion, le Tev-Dam a abouti à la conclusion qu’ils avaient besoin d’une DSA dans les trois cantons du Kurdistan (Al Jazera, Kobany et Afrin). Dans le milieu du mois de janvier 2014, l’Assemblée du peuple a élu sa propre DSA, de façon autonome, afin de mettre en œuvre et d’exécuter les décisions de la « Maison du Peuple » (le comité principal du Tev-Dam) et de prendre en charge une partie du travail de l’administration dans les autorités locales, les municipalités, les secteurs de l’éducation et de la santé, du commerce et des entreprises locales, les systèmes de défense et judiciaire etc. La DSA est composée de 22 hommes et femmes, chacun d’eux ayant deux adjoints (un homme et une femme). Presque la moitié des représentants sont des femmes. Il est organisé de sorte que les gens de milieux, de nationalités, de religions et de sexes différents puissent participer. Cela a créé une très bonne ambiance de paix, de fraternité, de satisfaction et de liberté.

Dans un court laps de temps, cette administration a fait beaucoup de travail et a établi un Contrat social, une Loi sur les transports, une Loi sur les partis et un programme ou plan pour le Tev-Dam. Dans le Contrat social, la première page stipule, « les zones de démocratie autogestionnaire n’acceptent pas les concepts de nationalisme, d’armée ou de religion d’État, de gestion centralisée et de pouvoir central, mais sont ouvertes à des formes compatibles avec les traditions de la démocratie et du pluralisme, ouvertes à tous les groupes sociaux et identités culturelles, à la démocratie athénienne, à l’expression nationale à travers leur organisation… » Il y a beaucoup de décrets dans le Contrat social. Quelques-uns sont extrêmement importants pour la société :

  1. La séparation de l’État et de la religion
  2. L’interdiction des mariages pour les personnes de moins de 18 ans
  3. Les droits des Femmes et des enfants doivent être reconnus, protégés et mis en œuvre
  4. Interdiction de l’excision
  5. Interdiction de la polygamie.
  6. La révolution doit avoir lieu à partir du bas de la société et être durable
  7. Liberté, égalité, égalité des chances et non-discrimination.
  8. Égalité entre les hommes et les femmes
  9. Toutes les langues parlées doivent être reconnues ; l’arabe, le kurde et le syrien sont les langues officielles à Al Jazera
  10. Assurer une vie décente à tous les prisonniers et faire de la prison un lieu de la réhabilitation et de réforme de l’individu.
  11. Tout être humain a le droit de chercher asile et les réfugiés ne peuvent pas être renvoyés sans leur consentement.

La situation économique dans Al Jazera

La population d’Al Jazera est de plus d’un million de personnes. Cette population est composée de Kurdes, ainsi que d’Arabes, de Chrétiens, de Tchétchènes, de Yézidis, de Turkmènes, d’Assyriens, de Chaldéens et d’Arméniens. 80 % de la population est kurde. Il y a beaucoup de villages arabes et Yézidis ainsi que 43 villages chrétiens.

La taille de Al Jazera est plus grande que celle d’Israël et de la Palestine réunies. Dans les années 1960, le régime syrien a mis en œuvre une politique dans la région kurde appelée la « ceinture verte », que le parti Baas a continué quand ils sont arrivés au pouvoir. Cela signifiait que les conditions de vie des Kurdes seraient pires que celles du peuple syrien en ce qui concerne la vie politique, économique et sociale et aussi l’éducation. Le point principal de la « Ceinture verte » était d’amener des Arabes de différentes régions pour les installer dans les régions kurdes et de confisquer les terres kurdes, qui ont ensuite été distribuées aux Arabes arrivés récemment. En bref, les citoyens kurdes sous Assad était des citoyens de troisième zone, après les Arabes et les Chrétiens.

Une autre politique était que Al Jazera ne devait produire que du blé et de l’huile. Cela signifie que le gouvernement a fait en sorte qu’il n’y ait pas d’usines, d’entreprises ou d’industrie dans la région. Al Jazera produit 70 % du blé syrien et est très riche en huiles, gaz et phosphates. Donc, la majorité des gens ont été impliqués dans l’agriculture dans les petites villes et villages, et en tant que commerçants dans les grandes villes. En outre, de nombreuses personnes étaient employées par le gouvernement dans l’éducation, la santé et dans les administrations locales, dans le service militaire comme soldats et comme petits entrepreneurs dans les municipalités.

A partir de 2008, la situation s’est détériorée quand le régime d’Assad a promulgué un décret spécial visant à interdire la construction de tout bâtiment trop grand, justifié par la situation de guerre (allusion à la guerre permanente dans la région) et aussi parce que la région est lointaine et sur la frontière. Actuellement, la situation est mauvaise. Il y a des sanctions imposées par la Turquie et le gouvernement régional du Kurdistan (KRG) au Kurdistan irakien (je vais vous expliquer cela dans d’autres sections). La vie dans Al Jazera est très rudimentaire et le niveau de vie est très faible, mais ils ne sont pas pauvres. Les gens, en général, sont heureux de donner la priorité à ce qu’ils ont accompli pour réussir.

Certains des biens de première nécessité dont toute société a besoin pour survivre existent dans l’Ouest du Kurdistan, ce qui est important, au moins pour le moment, pour éviter la famine, bien se tenir sur ses deux pieds et résister aux sanctions de boycott de la Turquie et du KRG. Parmi ces besoins il y a le fait d’avoir beaucoup de blé pour faire du pain et des pâtisseries. En conséquence, le prix du pain est presque gratuit. La deuxième chose est que le pétrole est également peu cher et, comme on dit, « son prix est comme le prix de l’eau ». Les gens utilisent le pétrole pour tout ; à la maison, pour la conduite de véhicules et pour fabriquer un peu du matériel nécessaire pour diverses industries. Pour faciliter cette dépendance au pétrole, le Tev-Dam a rouvert certains des puits de pétrole et des dépôts de raffinage. À l’heure actuelle, ils produisent plus de pétrole que ce dont ils ont besoin dans la région ; ils sont donc en mesure d’en exporter mais aussi d’en stocker.

L’électricité est un problème parce que la majeure partie est produite dans la région voisine sous le contrôle de l’Isis (couramment appelé IS – État islamique d’Irak et du Levant ou État islamique). Par conséquent, les gens ont seulement de l’électricité environ 6 heures par jour. Mais elle est gratuite puisque les gens ne sont pas facturés. Cela a été en partie résolu par le Tev-Dam en vendant du diesel, à un prix très bas, à quiconque possède un générateur privé à la condition qu’il fournisse de l’énergie à la population locale à un prix très bas.

En termes de communication téléphonique, tous les téléphones mobiles utilisent soit le réseau du KRG soit le réseau de la Turquie ; selon l’endroit où vous êtes. Les lignes terrestres sont sous le contrôle du Tev-Dam et de la DSA et semblent bien fonctionner … Là encore, c’est gratuit.

Les boutiques et les marchés dans les villes sont normalement ouverts tôt le matin jusqu’à 11 heures du soir. Beaucoup de marchandises en provenance de pays voisins sont introduites clandestinement dans la région. D’autres produits proviennent d’autres parties de la Syrie, mais ils sont coûteux en raison de lourdes taxes à payer à des forces syriennes ou des groupes terroristes qui contrôlent les marchandises dans la région d’Al Jazera.

La situation politique dans Al Jazera

Comme mentionné, la plupart des militaires de l’armée d’Assad se sont retirés de la région, mais certains restent encore dans quelques villes de Al Jazera. Le régime a toujours le contrôle de plus de la moitié de la ville principale (Haseke) tandis que l’autre moitié est dans les mains des PDU (Unités de la Défense du Peuple).

Les forces gouvernementales restent dans la deuxième ville de la région (Qamchlo) où ils contrôlent une petite zone située au centre de la ville. Cependant, dans la zone occupée, la grande majorité des gens n’utilisent pas les bureaux et les services du centre. Le nombre des forces du régime dans cette ville est entre 6 et 7 000 hommes et ils ont seulement le contrôle de l’aéroport et du bureau de poste.

Les deux parties semblent reconnaître la position, la puissance et l’autorité de l’autre et s’abstiennent de provoquer des heurts ou confrontations. J’appelle cette situation, la politique de « ni paix, ni guerre ». Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas eu d’affrontements entre eux dans l’une ou l’autre ville Haseke ou Qamchlo. Lorsque ces affrontements se produisent, ils causent la mort de nombreuses personnes des deux côtés, mais, jusqu’à présent, le chef des tribus arabes fait en sorte que les deux parties coexistent.

Les deux parties ont profité du retrait de l’armée syrienne et le fait de ne pas se battre contre les manifestants kurdes et leurs forces militaires permet d’économiser beaucoup de dépenses. En outre, le gouvernement n’a pas à protéger la zone contre d’autres forces de l’opposition, puisque les forces kurdes le font à sa place. De plus, en se retirant des terres kurdes, Assad a libéré des forces qui peuvent être utilisées ailleurs contre d’autres adversaires. Deuxièmement, avec le retrait des forces d’Assad du Kurdistan, la zone est protégée et défendue par le peuple kurde. En effet, les Unités de Défense des personnes et des femmes protègent leurs propres citoyens contre toute attaque ou toute force extérieure, y compris la Turquie, beaucoup mieux que l’armée syrienne.

Le peuple kurde a également obtenu des avantages dans plusieurs directions :

– 1. Ils ont cessé de combattre le gouvernement, ce qui a permis de protéger leurs terres et leurs biens, sauvant de nombreuses vies et maintenant les gens dans la paix et la liberté. Cela a créé une occasion pour tout le monde de vivre en paix et sans crainte dans la conduite de leurs propres affaires.

– 2. Le gouvernement paie encore les salaires de ses anciens employés, bien que la quasi-totalité d’entre eux, à l’heure actuelle, travaillent sous le contrôle de la DSA. Cela aide évidemment la situation économique.

– 3. Cette situation a permis aux gens de gérer leur propre vie et prendre leurs propres décisions. Cela signifie aussi que les gens sont autorisés à vivre sous l’autorité de la Tev-Dam et de la DSA. Plus cela dure, plus ils ont de chance de s’établir fermement et se renforcer.

– 4. Cela a donné la possibilité aux Unités de défense du peuple et aux Unités de défense de femmes de lutter contre les groupes terroristes, en particulier Isis / IS, en cas de nécessité.

Dans Al Jazera, il y a plus de vingt partis politiques parmi les populations kurdes et chrétiennes. La majorité d’entre eux sont dans l’opposition au PYD (Parti de l’Union démocratique), le Tev-Dam et la DSA pour des raisons qui leur sont propres (un point sur lequel je reviendrai plus tard) car ils ne veulent pas d’adhérer ni à Tev-Dam ni à la DSA. Cependant, ils ont la liberté totale de mener leurs activités sans aucune restriction. La seule chose qu’ils ne peuvent pas avoir ce sont des combattants ou des milices sous leur propre contrôle.

Les femmes et leur rôle

Il ne fait aucun doute que les femmes ont largement été acceptées et qu’elles occupent des positions importantes au sein de Tev-Dam, du PYD et de la DSA (l’auto-administration démocratique). Ils ont un système appelé co-direction et les co-organisation. Cela signifie que la direction de chaque bureau, administration ou section militaire, doit inclure les femmes. En plus de cela, les femmes ont leurs propres forces armées. Il y a égalité totale entre les femmes et les hommes. Les femmes sont une force majeure et sont fortement impliquées dans chaque section de la Chambre du peuple, des comités, des groupes et des communes. Les femmes dans l’Ouest du Kurdistan ne forment pas seulement la moitié de la société, mais sont la moitié la plus efficace et importante de cette société dans la mesure où si les femmes arrêtaient de travailler ou se retiraient des groupes ci-dessus, la société kurde pourrait bien s’effondrer. Il y a beaucoup de femmes professionnelles dans la politique et l’armée qui étaient avec le PKK dans les montagnes pendant une longue période. Elles sont très dures, très déterminées, très actives, très responsables et très courageuses.

L’importance de la participation égale des femmes dans la reconstruction de la société, et dans tous les problèmes / questions, a été pris au sérieux par Abdulla Öcalan et le reste des dirigeants du PKK / PYD dans la mesure où les femmes de l’Ouest du Kurdistan (Kurdistan syrien) sont considérées comme sacrées. Cela fait partie de l’idée, du rêve d’Öcalan et de sa conviction que, si vous voulez voir le meilleur de la nature humaine, alors la société doit revenir à l’état de la société maternelle, mais, bien sûr, à un stade avancé.

Bien que ce soit la situation des femmes et bien qu’elles aient la liberté, l’amour, le sexe et les relations amoureuses pour les femmes impliquées dans la lutte sont extrêmement rares. Les femmes et les hommes que nous avons rencontrés ont estimé que tout cela (amour, sexe, relations) n’est pas approprié à ce stade car ils sont impliqués dans la révolution et veulent tout donner à la révolution pour réussir. Quand j’ai demandé, si deux personnes dans le service militaire ou à des postes sensibles sont amoureuses, ce qui se passerait, on m’a dit que, de toute évidence, personne ne peut empêcher cela, mais qu’elles doivent être déplacées à des postes ou des sections plus appropriées.

Cela peut être difficile pour les Européens de comprendre cela. Comment les gens peuvent vivre sans l’amour, le sexe et les relations amoureuses ? Mais, pour moi, c’est tout à fait compréhensible. Je crois que c’est leur choix et, si les gens sont libres de choisir, alors il doit être respecté. Cependant, il y a une observation intéressante que j’ai faite et qui était en dehors du service militaire, de la Tev-Dam et des autres partis. Je n’ai pas vu une seule femme travaillant dans un magasin, une station essence, un marché, un café ou un restaurant. Cependant, les femmes et les questions relatives aux femmes dans le Kurdistan syrien sont largement en avance par rapport à celles dans le Kurdistan irakien, où ils ont eu 22 ans pour établir leurs propres règles et beaucoup plus de possibilités. Disant cela, je ne peux pas non plus dire qu’il y a un mouvement particulier ou indépendant de femmes au Kurdistan syrien.

Les Communes

Les Communes sont les cellules les plus actives à la Maison du peuple, et ont été mises en place partout. Elles ont leur propre réunion hebdomadaire pour discuter des problèmes auxquels elles sont confrontées. Chaque Commune a son propre représentant à la Maison du peuple et dans le quartier, le village ou la ville où elles sont basées.

Ci-dessous la définition de la Commune d’après le manifeste Tev-Dam et traduit de l’arabe:

            « Les Communes sont les plus petites cellules et les plus militantes dans la société. Elles sont formées dans la société et y promeuvent la liberté de la femme et l’écologie et l’adoption de la démocratie directe.

            « Les Communes sont organisées sur le principe de la participation directe des personnes dans les villages, dans la rue et les quartiers et les villes. Ce sont les endroits où les gens s’organisent volontiers entre eux, créent selon leur volonté libre et initient leurs propres activités dans les zones résidentielles et permettent la discussion de toutes les questions et leur résolution.

            « Les Communes travaillent au développement et à la promotion des comités. Elles discutent et cherchent des solutions aux questions sociales, politiques, d’éducation, de sécurité et d’auto-défense et d’auto-protection à partir de ses propres forces, pas avec les forces de l’État. Les Communes créent leur propre pouvoir à travers la construction et l’organisation de communes agricoles dans les villages et aussi de communes, de coopératives et d’associations dans les quartiers.

            « Formation des Communes dans la rue, les villages et les villes, avec la participation de tous les résidents. Les Communes ont une réunion chaque semaine. Lors de la réunion des Communes, toutes les décisions se font de façon transparente par les gens de la Commune et qui ont de plus de 16 ans. »

Nous sommes allés à une réunion d’une des Communes basée dans le quartier de Cornish dans la ville de Qamchlo. Il y avait 16 à 17 personnes à la réunion. La majorité d’entre elles étaient des jeunes femmes. Nous nous sommes engagés dans une conversation approfondie sur leurs activités et leurs tâches. Elles nous ont dit que, dans leur quartier, ils ont 10 Communes et que la composition de chaque commune est de 16 personnes. Elles nous ont dit : « Nous agissons de la même manière que les travailleurs communautaires, y compris les réunions, en assistant aux réunions hebdomadaires, en discutant des problèmes dans les endroits où nous sommes implantés, en protégeant les personnes dans la communauté et en réglant leurs problèmes, en assurant la collecte des ordures dans la région, la protection de l’environnement et en participant à la plus grande réunion afin de faire un rapport sur ce qui s’est passé la semaine précédente. »

En réponse à une de mes questions, elles ont confirmé que personne, y compris les partis politiques, n’intervient dans leur prise de décision et qu’elles prennent toutes les décisions collectivement. Elles ont mentionné un certain nombre de choses qu’elles avaient récemment prises comme décision. Elles ont dit : « L’une d’elles concernait un grand terrain dans un quartier résidentiel, nous voulions l’utiliser pour en faire un petit parc. Nous sommes allés à la Mairie de la ville pour lui parler de notre décision et demander de l’aide financière. Le maire nous a dit que ce serait bien, mais ils n’avaient que 100 $ à nous offrir. Nous avons pris l’argent et recueilli 100 $ au près de la population locale pour construire un joli petit parc. » Elles nous ont montré le parc et nous ont dit : « Beaucoup d’entre nous ont travaillé collectivement sur ce parc pour le finir sans avoir besoin de plus d’argent. » Dans un autre exemple, elles nous ont dit : « Le maire a voulu lancer un projet dans le quartier. Nous lui avons dit que nous ne pouvions pas accepter tant que nous n’aurions pas obtenu les avis de tout le monde. Nous avons fait une réunion où nous en avons discuté. La réunion a rejeté le projet à l’unanimité. Il y a des gens qui ne pouvaient pas venir à la réunion, nous sommes allés les voir dans leurs maisons pour obtenir leur avis. Tout le monde dans la Commune a dit non au projet. »

Ils nous ont posé des questions sur des groupes locaux et les Communes à Londres. Je leur ai dit que nous avions beaucoup de groupes, mais nous ne sommes malheureusement pas comme eux : unis, progressifs et engagés. Je leur ai dit qu’ils ont des kilomètres d’avance sur nous. Sur leurs visages, je pouvais voir leur surprise, la déception et la frustration de ma réponse. Je pouvais comprendre leurs sentiments parce qu’ils se demandent comment, dans un monde très en retard comme le leur, peuvent-ils être en avance sur nous, alors que nous vivons dans le pays qui a fait la révolution industrielle il y a des siècles !!!!!

Les partis de l’opposition chrétiens et kurdes

J’ai déjà dit qu’il y a plus de 20 partis politiques kurdes. Quelques-uns ont rejoint la DSA (l’auto-administration démocratique) mais 16 partis ne l’ont pas fait. Certains se sont retirés de la politique tandis que d’autres se sont réunis pour mettre en place un plus grand parti.Il y a maintenant douze partis réunis sous le nom de « Assemblée patriotique du Kurdistan en Syrie ». Cette organisation partage, plus ou moins, les mêmes objectifs et les mêmes stratégies. La majorité des partis, sous cette étiquette, ont soutenu Massoud Barzani, le président du Gouvernement régional du Kurdistan (KRG), qui est aussi le chef du Parti démocratique du Kurdistan (KDP) dans le Kurdistan irakien.

Il y a une histoire sanglante entre le KDP et le PKK, qui remonte aux années 1990. Il y avait de violents combats entre les deux groupes dans le Kurdistan irakien qui ont fait des milliers de morts des deux côtés, c’est une blessure qui n’est pas encore guérie. Je dois dire que le gouvernement de la Turquie intervenait dans les combats puisqu’il était proche du KDP et qu’il les a aidé à attaquer le PKK à la frontière Irak / Turquie pour ses propres raisons.

Il y a un autre différend entre Barzani et sa famille et l’ancien chef du PKK, Abdullah Öcalan, qui est pratiquement le leader kurde dans le mouvement national kurde. Alors que le peuple kurde dans l’Ouest du Kurdistan (Kurdistan syrien) a réussi à s’organiser collectivement, à se protéger de la guerre et a mis en place sa propre DSA, les gens ne sont toujours pas en très bons termes avec le KDP.

Le PKK et Parti de l’Union démocratique (PYD) ont été très favorables aux changements qui se produisaient dans le Kurdistan syrien. Mais, ce n’est certainement pas bénéfique à la Turquie ou au KRG. En plus, la Turquie et le KRG restent extrêmement proches.

Ce qui précède est une explication des raisons pour lesquelles le KDP dans le Kurdistan irakien est mécontent de ce qui s’est passé dans l’ouest du Kurdistan et s’oppose à la fois à la DSA et au Tev-Dam. Le KDP regarde ce qui se passe là où il y a de grandes affaires et, si cette activité ; ne devrait pas fonctionner ou, si elle fonctionne, le PDK doit en avoir la plus grande part. Le KDP aide encore financièrement des kurdes dans le Kurdistan Ouest et leur apprend le maniement des armes afin de mettre en place des milices pour certains partis politiques dans le but de déstabiliser la région et ses projets. L’Assemblée patriotique du Kurdistan en Syrie, mise en place par les douze partis politiques mentionnés précédemment, est très proche du KDP.

Notre rencontre avec les partis d’opposition a duré plus de deux heures et la majorité d’entre eux étaient présents. Nous avons commencé par leur demander comment ils sont arrivés au PYD, à la DSA et à Tev-Dam. Sont-ils libres ? Est-ce qu’un de leurs membres ou sympathisants a été suivi ou arrêté par la PDU ou WDU ? Ont-ils la liberté de s’organiser, de manifester et d’organiser d’autres activités ? Nous avons posé beaucoup plus de questions. La réponse à chaque question a été positive. Aucune arrestation n’a été faite, aucune restriction à la liberté ou à l’organisation de manifestations. Mais tous sont d’accord sur le fait qu’ils ne veulent pas prendre part à la DSA.

Ils ont trois différends avec le PYD et la DSA. Ils pensent que le PYD et Tev-Dam ont trahi le peuple kurde. Parmi les raisons il y a le fait que la moitié de Hassaka est sous le contrôle du gouvernement et que les forces du gouvernement sont encore dans la ville de Qamchlo, bien qu’ils admettent que ces forces sont inefficaces et ne contrôlent qu’un petit espace. Leur point de vue est que c’est un gros problème et que le PYD et Tev-Dam se sont compromis avec le régime syrien.

Nous leur avons dit qu’ils doivent songer que la politique du PYD et de Tev-Dam est celle du « ni paix, ni guerre » afin d’équilibrer la situation. Cela a été un succès qui a bénéficié à tout le monde dans la région, y compris aux partis d’opposition et pour les raisons déjà mentionnées ci-dessus. Nous leur avons également dit qu’ils devraient savoir mieux que nous que rejeter l’armée d’Assad de ces deux villes serait facile pour le PYD, avec le sacrifice de quelques-uns de leurs combattants, mais la question est de savoir ce qui se passera après ? !! Nous leur avons dit que nous savons que Assad ne veut pas renoncer à Hassaka et que, par conséquent, la guerre recommencerait avec des crimes, des persécutions, les bombardements et la destruction de villes et de villages. En outre, cela ouvre une porte pour Isis / IS et al-Nusra pour lancer une attaque contre d’eux. Cela ouvrirait la possibilité que l’armée d’Assad, l’Armée syrienne libre et le reste des organisations terroristes se battent entre elles dans la région, avec pour conséquence de perdre tout ce qui a été accompli jusqu’à présent. Ils n’avaient pas de réponse à cela.

L’opposition ne veut pas se joindre à la DSA et la prochaine élection de ce groupe aura lieu dans quelques mois si la situation reste la même. Les raisons de cette situation sont, d’une part, qu’ils accusent le PYD de coopérer avec le régime, alors qu’ils n’avaient aucune preuve pour étayer cette accusation. Deuxièmement, la prochaine élection ne serait pas une élection libre puisque le PYD n’est pas un parti démocratique, mais un parti bureaucratique. Mais nous savons que le PYD a presque le même nombre de membres et positions que tout autre parti dans la DSA, cette affirmation est donc inexacte. Nous leur avons dit que s’ils croient dans le processus des élections, ils doivent y participer s’ils veulent avoir une administration avec plus de démocratie et moins de bureaucratie. Ils ont dit que le PYD s’était retiré de la Conférence nationale kurde du KRG, qui a eu lieu l’an dernier dans la ville d’Erbil, pour discuter de la question kurde. Mais quand nous en avons parlé plus tard avec les gens de la PYD et de Tev-Dam, ils nous ont dit qu’ils ont des documents écrits qui prouvent qu’eux se sont engagés dans le pacte, mais que l’opposition ne s’est pas engagée.

L’opposition veut établir sa propre armée, mais ils n’y sont pas autorisés par le PYD. Lorsque nous avons posé la question au PYD et à Tev-Dam, on nous a dit que l’opposition pourrait avoir ses propres combattants, mais qu’ils doivent être sous le contrôle des Unités de la Défense du Peuple et des Unités de défense des femmes. Ils nous ont dit que la situation est très sensible et très tendue. Que cela peut provoquer une lutte contre un ou l’autre et que c’est leur grande peur et qu’on ne peut pas se permettre de laisser cela se produire. Le PYD a simplement dit qu’ils ne veulent pas des échecs répétés dans l’ouest du Kurdistan. Par expérience de l’échec, ils faisaient allusion à l’expérience du Kurdistan irakien dans la seconde moitié du 20e siècle qui a duré jusqu’à la fin du siècle où il y avait tant de combats entre les différentes organisations kurdes à l’époque. En fin de compte, le PYD et Tev-Dam nous ont demandé de retourner voir les partis de l’opposition avec le pouvoir de leur offrir, au nom de la PYD et Tev-Dam, tout ce qu’ils veulent sauf leur laisser des forces militaires sous leur propre contrôle.

Quelques jours après, nous avons eu une autre réunion de près de trois heures dans la ville Qamchlo avec les leaders des trois partis kurdes: le Parti démocratique du Kurdistan en Syrie (Al Party), le Parti du Kurdistan pour la démocratie et l’égalité en Syrie et le Parti démocratie patriotique kurde en Syrie. Lors de la réunion, ils ont plus ou moins répété les mêmes raisons que leurs collègues, lors de la réunion précédente, pour ne pas adhérer à la DSA et à Tev-Dam dans la construction et le développement de la société kurde. Nous avons eu une longue discussion avec eux, tentant de les convaincre que, s’ils voulaient que la question kurde soit résolue, pour devenir une force puissante dans le pays et afin d’éviter la guerre, alors ils devaient être indépendants du KRG et du KDP et travailler dans l’intérêt de personne d’autre que des gens de l’Ouest du Kurdistan. La plupart du temps, ils étaient silencieux et n’avaient pas de réponse à nos suggestions.

Quelques jours plus tard, nous avons également rencontré des représentants de quelques partis politiques chrétiens et de l’Organisation de la jeunesse chrétienne de Qamchlo. Aucun de ces partis n’a rejoint la DSA ou Tev-Dam pour leurs propres raisons, mais admettent qu’ils s’entendent bien avec la DSA et Tev-Dam et sont en accord avec leurs politiques. Ils ont également apprécié le fait que leur sécurité et leur protection contre les groupes armés terroristes syriens étaient dues aux Unités de la défense du peuple et de défense des femmes, qui ont sacrifié leur vie pour réaliser tout ce qui précède pour tout le monde dans la région. Cependant, les gens de l’Organisation de jeunesse chrétienne dans Qamchlo n’étaient pas satisfaits de la DSA et Tev-Dam. Leur plainte a été de ne pas avoir assez de courant électrique et pas grand chose à faire pour les jeunes afin d’être impliqués à l’intérieur de la ville. Pour cela, ils ont dit qu’ils allaient chercher une alternative à la DSA et à Tev-Dam, de sorte que, si la situation reste la même, alors ils n’auront d’autre choix que d’émigrer vers l’Europe. Un chef de l’un des partis politiques qui était présent à la réunion leur a répondu en disant :

« Qu’est-ce que tu racontes fils ? Nous sommes au milieu d’une guerre, vous pouvez voir ce qui s’est passé dans le reste des principales villes de Syrie ? Pouvez-vous voir combien de femmes, hommes, personnes âgées et enfants sont tués tous les jours ? !!! C’est une question importante qui est très importante pour la vie. Le pouvoir dans cette situation particulière n’est pas très important ; nous pouvons utiliser d’autres moyens. Ce qui est important en ce moment est : être assis à la maison sans crainte d’être tué, pouvoir laisser nos enfants dans les rues jouer sans crainte d’être enlevés ou tués. Nous pouvons mener nos activités comme d’habitude, personne ne nous en empêche, personne ne nous agresse ou nous insulte…. il y a la paix, la liberté, et il y a la justice sociale….. »

Les membres des autres partis politiques ont acquiescé et reconnu tous ces faits.

Avant de quitter la région, nous avons décidé de parler aux commerçants, hommes d’affaires et à des personnes sur le marché afin d’entendre leurs points de vue qui sont très importants pour nous. Tout le monde semble avoir une opinion très positive sur la DSA et Tev-Dam. Ils étaient heureux de l’existence de la paix, de la sécurité et de la liberté et de gérer leur propre activité sans aucune intervention de quelque parti ou groupe.

La Tranchée de la honte

L’an dernier, le gouvernement irakien s’est entendu avec le KRG (gouvernement régional kurde), pour de prétendues raisons de sécurité, afin de creuser une longue tranchée de 35 km, sur deux mètres de profondeur et environ deux mètres de large, le long de la frontière Irak / Syrie du Kurdistan. La tranchée sépare Al Jazera dans l’ouest du Kurdistan du sud du Kurdistan irakien. Le Tigre couvre cinq kilomètres de cette frontière donc il n’y avait pas besoin d’une tranchée là-bas. Les douze kilomètres suivants ont été construits par le KRG, et les derniers dix-huit kilomètres ont été construits par le gouvernement irakien.

Le KRG et le gouvernement irakien disent que la tranchée était une mesure nécessaire en raison de menaces sur la paix et la sécurité dans les terres irakiennes, y compris la région du Kurdistan. Mais il y a de nombreuses questions que les gens se posent à propos de ces craintes. Peur de quoi ? De qui ? De Isis / IS (Etat islamique) ? Il est impossible pour des groupes comme Isis / IS d’entrer en Irak ou au KRG à travers cette partie de la Syrie puisqu’elle a été protégée par les forces des PDU et des WDU et aussi parce que Al Jazera a été complètement débarrassé d’Isis / IS. Cependant, la majorité des kurdes savent qu’il y a deux raisons pour creuser la tranchée. Tout d’abord, il s’agissait d’empêcher les Syriens fuyant la guerre d’atteindre le Kurdistan irakien. En outre, le chef du KRG, Massoud Barzani, comme expliqué ci-dessus, est préoccupé par le PKK et le PYD, et donc lui et le KRG ne veulent pas que ces deux groupes, ou n’importe qui d’autre de la DSA, entrent dans cette partie du Kurdistan. Deuxièmement, la tranchée sert à accroître l’efficacité des sanctions utilisées contre le Kurdistan de l’ouest dans une tentative d’étouffer et faire pression sur eux afin qu’ils acceptent les conditions du KRG. Toutefois, entre la capitulation et la famine, pour les Kurdes au Kurdistan syrien, je pense qu’ils choisiront la famine. C’est la raison pour laquelle la majorité des Kurdes, où qu’ils vivent, appellent la tranchée la « tranchée de la honte »…

Il ne fait aucun doute que les sanctions ont paralysé la vie kurde à Al Jazera, que les gens ont besoin de tout, y compris de médicaments, d’argent, de médecins, d’infirmières, d’enseignants, de techniciens et d’expertise dans les domaines industriels, notamment dans le secteur des champs de pétrole et de raffinage pour les faire fonctionner. Dans Al Jazera, ils ont des milliers de tonnes de blé qu’ils sont heureux de vendre pour 200 $ à 250 $ la tonne au gouvernement irakien, mais celui-ci paie 600 $ à 700 $ pour chaque tonne de blé acheté ailleurs.

Il y a des gens dans l’Ouest du Kurdistan qui ne comprennent pas pourquoi le KRG, en tant que gouvernement autonome kurde, et son président, Massoud Barzani, (qui se qualifie lui-même de grand leader kurde) veulent affamer leur peuple dans une autre partie du Kurdistan.

Dans Qamchlo, Tev-Dam a appelé à une grande manifestation pacifique, le samedi 9 mai 2014, quelques milliers de personnes y ont pris part contre ceux qui ont creusé la tranchée de la honte. Il y avait beaucoup de discours puissants de différentes personnes et organisations, y compris de la Maison du Peuple et de nombreux autres groupes et comités. Aucun des discours n’a créé de tension entre eux. Les gens se rassemblent principalement autour de l’idée de fraternité, afin de favoriser les bonnes relations et la coopération entre les deux côtés de la frontière, la réconciliation entre tous les partis en conflit, la paix et la liberté. En fin de compte, cela s’est transformé en fête de rue avec des gens qui dansent joyeusement et chantent, en particulier les hymnes.

Attentes et craintes

Il est très difficile de savoir dans quelle direction le mouvement populaire de masse dans l’ouest du Kurdistan ira, mais cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir et analyser ce qui peut influer sur la direction de ce mouvement et sur son avenir. La victoire ou la défaite complète de ce grand mouvement / expérience, que la région n’a pas vu depuis longtemps, dépend de différents facteurs qui peuvent être divisés en facteurs internes (les questions internes et les problèmes à l’intérieur du mouvement lui-même et avec le KRG) et des facteurs externes.

Cependant, quoi qu’il arrive à la fin nous devons y faire face, mais ce qui est important c’est : la résistance, le défi et les difficultés, ne pas céder, avoir confiance et croire au changement. Rejeter le système actuel et saisir les opportunités sont plus importants, à mon avis, qu’une victoire temporaire, parce que ce sont les points clés nécessaires pour atteindre l’objectif final.

Les facteurs externes

La direction de la guerre et de l’équilibre des forces à l’intérieur de la Syrie :

Il était très clair au début du soulèvement populaire en Syrie, que, s’il était au seul profit du peuple syrien, la fin espérée du régime d’Assad ne prendrait pas longtemps alors que les gens étaient unis avec un grand soutien tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Cependant, après un certain temps, les groupes terroristes se sont impliqués et ont changé l’orientation de la révolte du peuple, ce que nous avons tous vu et voyons encore à travers les médias. Cela s’est produit parce que Assad a été très habile dans la mise en œuvre d’une série de politiques qui changeaient directement l’orientation du soulèvement populaire et renforçaient son régime.

Tout d’abord, il a retiré toutes ses forces des trois régions kurdes / cantons de Afrin, Kobany et Al Jazera, à part les quelques milliers de soldats dans la région d’Al Jazeera comme je l’ai expliqué précédemment. De toute évidence, la raison de ce retrait était, en partie, dû à la pression des manifestants kurdes.

Deuxièmement, il a ouvert la frontière syrienne à des organisations terroristes afin de faire ce qu’elles voulaient. Nous savons tous maintenant ce qui s’est passé ensuite. En faisant cela, Assad a réussi à affaiblir et isoler les manifestants contre son régime et a également envoyé un message à la soi-disant « communauté internationale » pour leur dire qu’il n’y avait pas d’alternative à lui et à son régime à l’exception des groupes terroristes. Est-ce que c’est ce que les États-Unis, le Royaume-Uni, les pays occidentaux et le reste veulent vraiment ? Bien sûr, dans une certaine mesure, la réponse est non. Tout dépend de leurs intérêts. Ces mesures ont très bien fonctionné et ont complètement changé la direction de la bataille.

Donc, il y avait une possibilité pour Assad de rester au pouvoir, au moins pendant une courte période après avoir négocié avec les États-Unis, les Nations Unies, le Royaume-Uni et leurs agents jusqu’à la prochaine élection. Dans ce cas, il pourrait avoir appris une leçon et changer sa politique à l’égard du peuple kurde, mais selon ses propres termes et ses conditions et non pas de la façon dont le peuple kurde le souhaite.

Si Assad perdait la guerre face aux groupes terroristes avec le soutien des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Union européenne et de la « communauté internationale », et qu’ils arrivaient au pouvoir, il n’y aurait certainement pas d’avenir ni pour la DSA ou pour Tev-Dam. Si les forces progressistes, comme les partis ou organisations qui composent l’armée Syrie libre (ASL) ne sont pas encore au pouvoir, alors il y a très peu de chance pour le peuple kurde, puisqu’ils ils n’ont pas une opinion positive ou de bonne solution pour la question kurde, et encore moins quand il s’agit de pouvoir. Bien sûr, il existe d’autres possibilités de mettre fin à la puissance d’Assad y compris l’assassinat ou par un coup d’État militaire…

Le rôle et l’influence des pays voisins de la région

Il était très clair que les gens ordinaires en Syrie ont commencé le soulèvement à cause des restrictions existantes, l’oppression, le manque de liberté et de justice sociale, la corruption, la discrimination, le manque de droits de l’homme, et l’absence de droits pour les minorités ethniques comme les kurdes, les turkmènes et autres. La vie pour la majorité des gens était terrible ; faibles revenus, le coût de la vie qui augmente continuellement, pas de logement et le chômage, tout cela a servi d’inspiration pour les « printemps arabes ».

Cependant, les protestations, les manifestations et les soulèvements sur le terrain ont été détournés par les dirigeants voisins dans une guerre par procuration entre l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, avec le soutien des États-Unis et des pays occidentaux d’un côté et le régime d’Assad, l’Iran et le Hezbollah de l’autre. Le gouvernement irakien n’a pas annoncé son soutien au régime d’Assad, mais ils voulaient, et veulent toujours, qu’Assad reste au pouvoir en raison de la relation étroite entre les chiites et les alaouites et aussi parce que l’Iran est le plus proche allié de l’Irak, alors que l’Iran est aussi très proche de la Syrie. En ce qui concerne les pays voisins, ils étaient liés à l’attitude du KRG face à ce qui se passe en Syrie, en raison de la proximité du KRG (gouvernement régional kurde), et, en particulier, son président, Massoud Barzani, avec la Turquie, à tous les égards. Ils ont annoncé, dès le début, leur soutien à l’opposition syrienne au régime d’Assad. Nous devons noter ici le double jeu et l’hypocrisie du KRG qui, d’une part, est contre Assad en soutenant l’opposition, mais, d’autre part, contre les kurdes en Syrie et leur mouvement populaire de masse alors qu’ils sont l’une des principales forces contre Assad.

Évidemment, chaque pays a un grand impact alors que certains d’entre eux soutiennent le régime d’Assad et d’autres soutiennent l’opposition syrienne. Ce qui est important ici est de savoir qu’aucun de ces pays ne sont des amis ou des proches de la nation kurde dans n’importe quelle partie du Kurdistan, que ce soit dans le Kurdistan syrien, en Irak, en Iran ou dans le Kurdistan turc. Ils n’ont jamais eu une opinion positive sur la question kurde et jamais véritablement voulu résoudre cette question, mais ils avaient un regard complaisant sur les partis politiques nationalistes kurdes, lorsque ceux-ci travaillaient et luttaient pour leurs intérêts.

Le rôle de la Chine et de la Russie

Bien que la Russie soit devenue beaucoup plus petite et moins puissante que par le passé, elle a encore du poids et de la puissance, en concurrence avec les États-Unis et les pays occidentaux, pour ses intérêts. Il n’est pas surprenant que nous voyions maintenant que la Russie ne peut pas parvenir à un accord avec l’Occident sur le régime d’Assad. Il y a aussi le fait que la Syrie, même quand le père d’Assad était au pouvoir, a toujours été dans le camp soviétique. En plus, la Russie est proche de l’Iran qui est le principal allié de la Syrie.

En ce qui concerne la Chine, la Chine a aussi ses propres intérêts dans la région, en particulier avec l’Iran. Par conséquent, la Chine tente de protéger ces intérêts car il n’est pas dans leur intérêt de voir Assad continuer parce qu’ils savent que le prochain sur la sellette sera l’Iran. Donc, les intérêts et le soutien à la Syrie de la Russie et de la Chine ont fait durer la guerre plus longtemps que prévu. De ce qui précède, nous pouvons voir comment deux pays puissants traitent la question kurde en Syrie, en particulier avec la DSA et Tev-Dam. À mon avis, les affaires et les bénéfices décideront, à la fin, si oui ou non ils vont soutenir le peuple kurde à l’avenir.

À l’heure actuelle, il n’y a pas de soutien pour le DSA et Tev-Dam de la Chine, la Russie ou des pays américains et occidentaux, alors que les Kurdes de Syrie sont la principale force d’opposition et les combattants contre les forces terroristes comme Isis / IS, à travers les forces de la PDU et WDU. Ces unités combattent constamment contre ces groupes terroristes dans les régions kurdes de Al Jazera et Kobney.

Nous pouvons voir ici le double jeu et l’hypocrisie des États-Unis, des pays occidentaux et du reste. Ils ont lancé une guerre contre le terrorisme alors que les Kurdes de Syrie sont les seuls remparts sérieux face aux organisations terroristes, mais les pays ci-dessus ne soutiennent pas les Kurdes. Les principales raisons à cela, à mon avis, sont les suivantes :

  1. Ils ne sont pas sérieux dans la lutte contre les terroristes et le terrorisme parce qu’eux-mêmes ou leurs alliés les soutiennent.
  2. Ils se battent contre des gens qui croient en l’islam plutôt que de combattre la religion elle-même et son livre saint, le Coran.
  3. Ils peuvent avoir besoin de nouveau de cette organisation dans l’avenir.
  4. Ils ne veulent pas modifier leur politique étrangère ou l’examiner.
  5. Le soutien des États-Unis et du Royaume-Uni, financièrement et moralement, à toutes les religions réactionnaires sous le nom de l’égalité des chances, de la liberté et de la reconnaissance de différentes cultures. Nous pouvons déjà voir plus d’une centaine de tribunaux de la charia au Royaume-Uni.
  6. Le point principal est que le mouvement démocratique de masse au Kurdistan syrien, y compris la DSA, n’a pas créé de religion ou de pouvoir nationaliste ou libéral. Ils savent que les gens dans cette partie du monde ont donné naissance au pouvoir du peuple, qu’ils ont prouvé qu’ils peuvent se gouverner par la démocratie directe sans gouvernement ni le soutien des États-Unis, des pays occidentaux et des institutions financières internationales, comme le FMI, la Banque mondiale et la BCE (Banque centrale Européenne).

Les facteurs internes

Par facteurs internes j’entends tout ce qui pourrait se passer à l’intérieur de l’Ouest du Kurdistan lui-même. Cela comprend les éléments suivants :

La guerre civile entre le peuple kurde. Ici, je ne parle pas seulement une guerre entre les partis politiques à l’intérieur de l’Ouest du Kurdistan, mais la guerre entre le KRG dans le Kurdistan irakien et les forces de la PDU, WDU et le PKK.

Il existe une relation très étroite entre le PKK et le PYD qui sont derrière cette expérience dans l’ouest du Kurdistan et l’ont beaucoup soutenue. J’ai déjà dit qu’il y a eu une histoire sanglante entre le PKK et le KDP et aussi une vive controverse entre eux sur la direction kurde.

Cependant, depuis quelque temps, Abdulla Öcalan, dans les livres récents et des textes / messages, a dénoncé et rejeté l’État et l’autorité. Mais jusqu’à présent, je n’ai pas entendu dire qu’il a rejeté sa propre autorité et qu’il dénonce ceux qui le désignent comme un grand leader et qui font tout ce qu’ils peuvent pour lui donner un caractère sacré. L’attitude d’Öcalan ne peut pas être correcte tant qu’il ne rejette pas également sa propre autorité et son leadership.

À l’heure actuelle, la situation s’aggrave et les relations entre le KRG et le PYD et le PKK se détériorent, il y a donc une possibilité de combat entre eux d’autant plus que le KRG est, jour après jour, plus proche de la Turquie. Une fois cette guerre commencée, il ne fait aucun doute que Isis / IS et d’autres vont prendre part à la lutte du côté du KRG et de la Turquie. La seule façon d’arrêter ce qui se passe est à travers des manifestations de masse, des manifestations et des occupations de masse dans le Kurdistan irakien et par des amis de la Syrie kurde ailleurs.

Tev-Dam s’affaiblit

Comme expliqué ci-dessus, c’est Tev-Dam qui a créé cette situation, avec ses groupes, comités, les communes et la Maison du peuple, et qui est l’âme et l’esprit du mouvement de masse. Tev-Dam était la force majeure dans la mise en place de la DSA (l’auto-administration démocratique). En général, c’est l’existence de Tev-Dam qui fait la différence pour forger l’avenir de ce qui pourrait arriver là-bas et être la source d’inspiration pour le reste de la région.

Il est difficile pour moi de voir l’équilibre entre la puissance de Tev-Dam et du DSA à l’avenir. J’ai eu l’impression que quand la puissance de la DSA augmente la puissance de Tev-Dam diminue et le contraire pourrait être vrai aussi.

J’ai soulevé ce point avec les camarades de Tev-Dam. Ils n’étaient pas d’accord avec moi car ils estiment que plus la DSA devient puissante plus Tev-Dam sera puissant. Leur raison était qu’ils regardent la DSA comme un organe exécutif, exécutant et mettant en œuvre les décisions prises par Tev-Dam et les organes de Tev-Dam. Cependant, je ne peux pas être d’accord ou en désaccord avec eux parce que l’avenir montrera la direction que l’ensemble du mouvement et de la société va prendre.

Le PYD (Parti de l’Union démocratique) et les structures des partis

Le PYD, le Parti démocratique unifié et le PKK sont derrière le mouvement pour la démocratie de masse et ce sont des partis politiques présentant toutes les conditions dont un parti politique a besoin dans cette partie du monde : organisation hiérarchique, des dirigeants et des dirigés, et tous les ordres et les commandements descendent des dirigeants vers la base des partis. Il n’y a pas beaucoup de consultations avec les membres quand il s’agit de prendre une décision sur les grandes questions. Ils sont très bien disciplinés, ont des règles et des ordres à appliquer, des secrets et des relations secrètes avec différents partis, qu’ils soient au pouvoir ou non, dans différentes parties du monde.

D’autre part, je peux voir Tev-Dam comme étant exactement le contraire. Beaucoup de gens à l’intérieur de ce mouvement n’ont pas été membres du PKK ou du PYD. Ils croient que la révolution doit commencer par le bas de la société et non par le haut, ils ne croient pas dans les pouvoirs de l’EÉtat et de l’autorité, et ils se retrouvent dans des réunions pour prendre leurs propres décisions sur ce qu’ils veulent et sur tout ce qui est dans l’intérêt supérieur des gens là où ils sont. Après cela, ils demandent à la DSA d’exécuter leurs décisions. Il y a beaucoup plus de différences entre le PYD et le PKK et le Mouvement de la démocratie, Tev-Dam.

La question ici est : étant donné la tâche et la nature de Tev-Dam et la structure de la PYD et du PKK, comment un compromis peut-il être passé ? Est-ce que Tev-Dam suivra le PYD et le PKK ou suivront-ils le Tev-Dam, et qui contrôle qui ?

C’est la question à laquelle je ne peux pas répondre et pour laquelle je dois attendre et voir. Cependant, je crois que la réponse sera probablement connue dans un avenir proche.

La crainte de l’idéologie et des idéologues qui peuvent devenir sacrés

L’idéologie est un point de vue. Regarder ou voir quoi que ce soit du point de vue idéologique peut être un désastre car il vous donne une solution toute prête ou une réponse, mais ne se connecte pas à la réalité de la situation. La plupart du temps, les idéologues sont à la recherche des mots dans de vieux livres qui ont été écrits il y a longtemps pour trouver la solution alors que ces livres ne sont pas pertinents pour le problème ou la situation actuelle.

Les idéologues peuvent être dangereux quand ils veulent imposer leurs idées tirées de ce qui a été écrit dans les livres anciens, sur la situation actuelle ou sur nous. Ils sont très bornés, très rigides, s’en tiennent à leurs idées et sont intouchables. Ils n’ont pas le respect de ceux qui ne partagent pas la même opinion qu’eux. Les idéologues ont beaucoup de points communs avec des personnes religieuses ou des marxistes et des communistes. En bref, les idéologues croient que l’idéologie, ou la pensée, crée l’insurrection ou les révolutions, mais pour les non-idéologues, des gens comme moi, c’est le contraire qui est vrai.

Il est très dommage que j’ai trouvé de nombreux idéologues parmi le PYD et les membres Tev-Dam, surtout quand nous en sommes venus à des discussions sur les idées de Abdulla Öcalan. Ces personnes sont très attachées aux principes d’Öcalan, ce qui les fait se rapporter à ses discours et ses livres dans nos discussions. Ils ont une foi totale en lui et, dans une certaine mesure, il est sacré. Si la foi que les gens ont et qu’ils ont mise en leur chef et s’ils ont peur de lui, c’est très effrayant et les conséquences ne seront pas bonnes. Pour moi, rien ne doit être sacré et tout peut être critiqué et rejeté si cela doit l’être. Pire que cela, il y a la Maison des enfants et des Centres de jeunesse. Dans la Maison des enfants et les Centres de jeunesse, les enfants apprennent de nouvelles idées, la révolution et beaucoup de choses positives que les enfants doivent connaître pour être des membres utiles de la société. Cependant, en plus, ces enfants apprennent l’idéologie, les idées et les principes de Öcalan et combien il est le leader du peuple kurde. À mon avis, les enfants ne devraient pas être éduqués dans la croyance dans l’idéologie. Ils ne devraient pas avoir d’enseignement sur la religion, la nationalité, la race ou la couleur. Ils devraient être libres d’eux-mêmes et il faudrait les laisser tranquilles jusqu’à ce qu’ils deviennent adultes quand ils peuvent décider pour eux-mêmes.

Le rôle des Communes

Dans les pages précédentes, j’ai expliqué les Communes et leurs rôles. Les tâches des Communes doivent être changées car elles ne peuvent pas simplement être impliquées dans les problèmes là où elles ont été mises en place et prendre des décisions sur les choses qui se passent dans le quotidien. Les Communes doivent accroître leurs rôles, leurs fonctions et leurs pouvoirs. Il est vrai qu’il n’y a pas d’usines, d’entreprises, ni de sections industrielles. Mais Al Jazera est un canton agricole impliquant de nombreuses personnes dans les villages et les petites villes et le blé est le principal produit à Al Jazera. Ce canton est également très riche en pétrole, gaz et phosphates, bien que la plupart des gisements de pétrole ne soient pas en cours d’utilisation en raison de la guerre et du manque d’entretien avant même le soulèvement.

Ce sont donc d’autres domaines où les Communes doivent s’engager en les contrôlant, en les utilisant et en distribuant gratuitement les produits aux personnes en fonction de leurs besoins. Ce qu’il reste, après la distribution, les membres des Communes peuvent décider ce qu’ils veulent en faire ; les vendre, les échanger contre des matériaux nécessaires pour les personnes ou tout simplement les stocker pour plus tard en cas de besoin. Si les Communes ne s’occupent pas de ces tâches et maintiennent ce qu’elles font maintenant, évidemment, leur tâche sera inachevée.

La conclusion et mes derniers mots

Il y a tellement différents points de vue et opinions, de l’aile droite, à la gauche, les séparatistes, trotskistes, marxistes, communistes, socialistes, anarchistes et libertaires sur l’avenir de l’expérience dans l’ouest du Kurdistan, et, en effet, cela mériterait d’écrire plus à ce sujet. Pour moi, en tant qu’anarchiste, je ne vois pas les événements en noir ou blanc, je n’ai pas de solution toute prête pour eux et je ne vais jamais chercher dans les vieux livres les solutions, particulièrement pour les événements qui sont maintenant en cours ou par rapport à l’issue de ces événements actuels, je crois que les réalités, les événements eux-mêmes et la situation créent les idées et les pensées, pas l’inverse. Je les regarde avec un esprit ouvert et je les relie à beaucoup d’éléments, facteurs et raisons de leur apparition.

Cependant, je dois dire une ou deux choses à propos de chaque insurrection et révolution, car elles sont très importantes pour moi. Tout d’abord, la révolution n’exprime pas la colère, n’est pas créée sur ordonnance ou sur commande, n’est pas quelque chose qui peut se produire dans les vingt-quatre heures, n’est pas un coup d’État militaire, coup d’État bolchevique ou conspiration de politiciens. Aussi, ce n’est pas seulement le démantèlement de l’infrastructure économique de la société et l’abolition des classes sociales. Tout ceci représente les points de vue et opinions des gauchistes, marxistes et communistes et de leurs partis. Ce sont leurs définitions de la révolution. Ils regardent la révolution de cette façon parce qu’ils sont dogmatiques et regardent les relations de classes existantes de façon mécanique. Pour eux, quand la révolution arrive et qu’elle abolit la société de classe, c’est la fin de l’histoire et le socialisme peut être établi. À mon avis, même si la révolution réussit, il y a encore des possibilités qu’il y ait un désir d’autorité, qu’elle subsiste dans les familles, l’intérieur des usines et des entreprises, dans les écoles, les universités et d’autres lieux et d’institutions. Cela s’ajoute aux différences qui subsistent entre les hommes et les femmes et l’autorité des hommes sur les femmes dans le socialisme. En outre, une culture égoïste et avide restera toujours, utilisant la violence avec beaucoup d’autres mauvaises habitudes qui existent déjà dans la société capitaliste. Elles ne peuvent pas disparaître ou s’évaporer en peu de temps. En fait, elles vont rester avec nous pour un long, long moment et pourraient menacer la révolution.

Ainsi, l’évolution de l’infrastructure économique de la société et la réalisation de la victoire sur la société de classes ne peut donner aucune garantie que la révolution s’est produite, ni la maintenir pendant une longue période. Par conséquent, je crois qu’il doit y avoir une révolution dans la vie sociale, dans notre culture, l’éducation, la mentalité des individus et les comportements individuels et la pensée. Les révolutions dans les domaines ci-dessus ne sont pas seulement nécessaires, mais en effet, doivent se produire avant ou à côté de l’évolution de l’infrastructure économique de la société. Je ne crois pas que nous sommes accomplis, suite à la révolution dans l’infrastructure économique de la société. Cela doit se refléter dans tous les aspects de la vie de la société et de ses membres. Pour moi, les gens n’aiment pas le système actuel et croient pouvoir le changer. Ils ont tendance à la rébellion, la conscience d’être utilisés et exploités et, en plus, la mentalité de résistance est extrêmement importante à pour maintenir la révolution.

Comment puis-je relier le point ci-dessus à l’expérience des personnes dans l’Ouest du Kurdistan ?

En réponse, je dis que cette expérience existe depuis plus de deux ans et qu’il y a des générations qui en sont le témoin. Ils sont rebelles ou ont déjà la tendance à la rébellion, ils vivent en harmonie et dans une atmosphère de liberté et sont habitués à de nouvelles cultures : une culture du vivre ensemble dans la paix et la liberté, une culture de tolérance et de donner non seulement prendre, une culture de l’être très confiant et rebelle, une culture de la croyance au travail volontaire pour le bénéfice de la communauté, une culture de la solidarité et de vie les uns avec les autres et une culture de, vous êtes le premier et je suis deuxième. Dans le même temps, il est vrai que la vie y est très difficile, où il y a un manque de nombreuses ressources de base et nécessaires et le niveau de vie est faible, mais les gens sont agréables, heureux et, en tout temps, souriants et vigilants, très simples et humbles, et l’écart entre les riches et les pauvres est faible. Tous ces facteurs ont, d’une part, aidé les gens à surmonter les difficultés dans leur vie et les difficultés. Deuxièmement les gens, les événements, leur histoire personnelle et l’environnement actuel dans lequel ils vivent actuellement leur a appris que, dans l’avenir, ils ne supporterons pas une dictature, ils vont résister à la répression et à l’oppression, ils vont essayer de maintenir ce qu’ils avaient avant ; ils ont un esprit de défi et de défiance et ils n’accepteront pas que d’autres personnes prennent des décisions pour eux plus longtemps. Pour toutes ces raisons, les gens vont résister au renoncement, se dresser à nouveau, lutter pour leurs droits et résister au retour de la culture dans laquelle ils vivaient auparavant.

Le deuxième point est que certaines personnes nous disent que tant que ce mouvement a Abdulla Öcalan, le PKK et le PYD derrière lui, si les gens essaient de détourner cette expérience, elle prendra fin ou un dictateur prendra le pouvoir. Eh bien cela est possible et peut se produire. Mais même dans cette situation, je ne pense pas que les gens en Syrie ou dans l’Ouest du Kurdistan puissent, plus longtemps, tolérer une dictature ou un gouvernement de type bolchevique. Je crois que les temps ont passé quand le gouvernement en Syrie pouvait, comme avant, massacrer près de 30.000 personnes dans la ville d’Alep en quelques jours. De plus, le monde a changé et n’est pas comme il était.

Tout ce qui reste à dire ici, c’est que ce qui s’est passé dans l’ouest du Kurdistan n’était pas l’idée de Öcalan, comme beaucoup de gens veulent nous dire. En fait, cette idée est très ancienne et Öcalan a développé ses pensées en prison, en se familiarisant avec elles à travers la lecture de centaines et de centaines de livres, sans arrêter de penser et d’analyser les expériences des mouvements nationalistes, des mouvements communistes et de leurs gouvernements dans la région et dans le monde et pourquoi tous ont échoué et n’ont pas pu obtenir ce qu’ils réclamaient. La base de tout cela, c’est qu’il est convaincu que l’État, quel que soit son nom et sa forme, est un État et ne peut pas disparaître lors de son remplacement par un autre État. Pour cela, Abdulla Öcalan mérite crédit.

Traduction faite par l’équipe des Relations internationales de la FA :

http://libcom.org/news/experiment-west-kurdistan-syrian-kurdistan-has-proved-people-can-make-changes-zaher-baher-2

Nous sommes en relations avec le KAF (Kurdistan Anarchist Forum) et ils étaient présents au dernier Salon du livre anarchiste de Paris.

Nous essayons de les inviter lors des réunions de l’Internationale des Fédérations anarchistes (IFA).

[1]L’opération Anfal, ou tout simplement Anfal, était une campagne génocidaire contre le peuple kurde dans le nord de l’Irak, conduite par le président du parti Baas irakien Saddam Hussein et dirigée par Ali Hassan al-Majid, dans la phase finale de la guerre Iran-Irak.